‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 350 sur 521 · T. de P., III · texte numérisé non relu

T. de P., III

7. « A peine furent-elles dans le cabinet où Astarot devait leur apparaître, après plusieurs évocations la devineresse leur dit que le diable était fantasque, qu'il avait chiangé d'idée et qu'elles ne le verraient que lorsqu'elles seraient déshabillées. Alors on emporta leurs bardes, leurs dentelles, leurs bijoux, et on les enferma de manière qu'elles y seraient encore, si les voisins, avertis par leurs cris,

qui voudrait se faire passer pour une tête plus saine exhibe complaisamraent la robe, un chef-d'œuvre, qu'elle s'est composée pour suivre les séances du Lycée*. Il ne faut pas la presser beaucoup pour qu'elle réclame son droit à la science.

Celle-ci qui ne dit rien, ne peut jurer qu'elle en pense davantage. Observez dans ses mains le jeu de l'éventail. Mercier n'y a pas manqué et comme il en sait les secrets! « Est-elle en colère, elle l'agite en rafraîchissant son teint d'une manière surprenante. Attend-elle quelque objet de sa passion, elle le plie et s'en sert pour se donner de petits coups sur la main en signe d'allégresse. Mais il faut voir la manière dont elle le tourne et le retourne quand elle veut exprimer sa malice ou son ennui, les grâces qu'elle lui communique, lorsqu'elle reçoit quelque agréable nouvelle ou lorsqu'elle éprouve quelque satisfaction. Alors l'éventail est un être qui parle. Que ne dirais-je point ici des agréables cliquetis dont elle le rend susceptible, de l'adresse avec laquelle elle s'en fait un masque pour médire à l'aise et pour ricaner sans être apf-rçue... C'est alors qu'on habille de la tête jusqu'aux pieds une bonne provinciale qui ose se présenter, un pauvre novice dans l'art du savoir-vivre et dont on ignore le nom-. »

En voulez-vous davantage encore? Avec ses propres paroles, est-ce le son même de cette voix de caillette que vous tenez à saisir? Grâce à Mercier, voici une page où, en dépit du temps et de l'oubli, vibre encore ce qu'il y eut de plus fugitif dans ces gazouillements d'oiseaux disparus. « A propos, la petite "* se marie. — Vrai? — Rien de plus vrai. — Elle a donc pris un autre visage, un autre extrait de baptême, une autre mère, un autre nom ? — Pardi, Messieurs, vous êtes plaisants; et ne savez-vous pas qu'on fait à Paris des visages et des généalogies comme on veut? Je connais une baronne décrépite qui arriva de ma province il y a quelques mois ; elle tomba heureusement chez la plus habile marchande de modes, et, dès qu'on connaît son goût pour la galanterie, la dernière chose qui meurt chez les coquettes, on la débarbouille, on la déride, on la rajeunit, au

n'avaient envoyé chercher le commissaire : ce fut le seul démon qu'elles virent et qui les vit. >> E. du P. R., 89.

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