Mon B. de N., iv, 133 et suiv
« ses pensées riantes' ». Il confesse, d'ailleurs, ingénument sa tendresse pour ce génie qui le mène où il veut. Il en a une assez haute opinion, il n'en connaît pas les limites, mais aussi il lui sait gré d'être sans jalousie et de s'incliner de lui même devant ceux qui le surpassent. Pourquoi cependant le volage le délaisse-t-il parfois des mois entiers ? Alors, Mercier court le monde, où on le voit ennuyé et distrait, car il en comprend mal la langue. C'est dans les cercles familiers seulement qu'il peut donner tout l'essor à son amour de la conversation. Il nous a dit déjà' combien il jouissait entre amis, d'épancher, de soutenir ses idées, puisqu'il tenait à toutes, qu'elles lui étaient chères et que rien ne lui en paraissait vain.
Le hasard des rencontres l'avait mis de bonne heure sur le chemin de plaisants originaux dont il retenait mainte anecdote. Le musicien Rameau, par exemple. « un grand homme sec et maigre, qui n'avait point de ventre et qui, comme il était courbé, se promenait au Palais-Royal toujours les mains derrière le dos pour faire son aplomb. Il avait un long nez, un menton aigu, des flûtes au lieu de jambes, la voix rauque. Il paraissait être de difficile humeur' ». Mercier s'ennuyait à ses opéras, mais lui accordait du bon sens et le proposait en exemple aux Parisiens qui parlent à tort et à travers de ce qu'ils ne connaissent pas. C'est Rameau qui lui dit un jour : « Je suis un ignorant, ne me parlez de rien, je ne sais rien ; parlez-moi de musique * ». Le neveu du musicien, celui que Diderot a immortalisé, a laissé aussi à Mercier un souvenir divertissant. « Moitié abbé et moitié laïque, il vivait dans les cafés et réduisait à la mastication tout ce que l'on faisait de grand
dans le monde ». Il était très fier de son oncle, mais plus encore de son père qui avait été pendu, puis dépendu à