‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 353 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

« ce financier à quadruple menton qui souffle à perte d'haleine pour exhaler son orgueil et dilater ses poumons », ni cette grosse femme à carrure d'homme qui passe, flanquée du second exemplaire de Ragotin, ni même ces beaux fils qui étalent si complaisamment leurs volumineuses cravates et leurs boutons larges comme des soucoupes*. Les ridicules individuels nous en apprennent moins que les traits les moins accusés de ces physionomies et que les pièces les plus communes de ces costumes.

Remarquez ceci, tout d'abord, qui porte loin. L'habit noir entre dans les mœurs. C'est le deuil qui le justifie, mais la Gazette de France nous fournit tant d'obligeantes occasions de le porter! Par elle nous apprenons qu'une famille souveraine a perdu un de ses membres : à partir de ce jour et pour le temps qu'elle prescrit, l'usage exige que tout le monde paraisse en noir dans les endroits publics. « J'hérite de tel roi », s'écrie alors un poète qui se réjouit dans sa bourse d'être tenu à un ajustement sévère. L'uniformité de cet aspect est flatteuse pourl'amour-propre; elle fait paraître les fortunes égales. A la vérité, quand vient le temps du demi- deuil, la diff'érence se trahit, les diamants relèvent les étofî"es sombres et le mélange des couleurs dénonce les garde-robes bien fournies. Mais la coutume gagne parmi les moins favorisés de garder l'habit noir qui « s'accorde merveilleusement avec les boues, l'intempérie des saisons, l'économie et la répugnance à faire une longue toilette. » On est censé être en deuil, on est dispensé de suivre les modes, et ce vêtement est décent, il permet d'aller partout*.

Autre révolution qui en dit aussi long que la première : la canne « a remplacé l'épée qu'on ne porte plus habituellement. On court le matin, une badine à la main. » Les femmes elles-mêmes « sortent et vont seules dans les rues et sur les boulevards, la canne à la main, » au grand avantage de leur démarche que les talons trop hauts rendaient chancelante.

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