‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 354 sur 521 · Enlr. des Tuileries, 170-17S, passim · texte numérisé non relu

Enlr. des Tuileries, 170-17S, passim

2. T. de P., I, 233, 234; v, 120. Voici qui permet d'apprécier, à ce égard, la révolution en train de se faire. Un observateur, dont le témoignage date de 1760, avertit alors les Parisiens qu' << il est du dernier bourgeois, de la plus honteuse crapule d'oser se montrer sans dentelles. » La Capitale des Gaules, par Fougeret de Monbrou, l""» partie, p. 8.

SA VIE, SON œUVRE, SON TEMPS 543

Cet habit noir et cette canne sont déjà un signe des temps et une conquête singulière de régalité. Observez, en etïet, que ce sont les mœurs et non les lois qui ont désarmé le Parisien. Cette épée pendue au croc, c'est un vieux titre d'arrogance qu'on dépouille, c'est la raison du plus orgueilleux, longtemps triomphante et qui devient caduque. Le témoignage n'a pas une moindre signification quand Mercier montre que le ton militaire disparaît des mœurs, le ton militaire, cet air « dispos, leste et avantageux », de l'homme qui, naguère, tirait ses arguments du fourreau. « Des lumières nouvelles ont répandu l'esprit de justesse » et les militaires de profession eux-mêmes en ont fait leur profit.

Quel meilleur indice voudrait-on à l'appui de ce changement des mœurs que la rareté des duels? Sous la Régence, on dégainait encore pour une simple inattention. « La manie de se battre était montée à un tel point que l'homme le plus sage et le plus circonspect ne pouvait éviter une querelle sanguinaire et que l'honneur était compromis dès qu'on ne s'appelait pas sur le pré au moindre geste équivoque et pour le motif le plus futile. » Cet excès étrange qui avait triomphé des sévères ordonnances de Louis XIV, la philosophie en a fait justice. « On ne s'en respecte pas moins dans la société, mais on y est beaucoup plus libre en paroles..., on contredit un homme, fort et longtemps et avec tous les droits que donne la raison ou la fine raillerie, sans qu'on soit réputé l'avoir offensé,... on ne croit pas qu'on doive pour cela se couper la gorge*. »

Ce n'est pas tout : d'autres changements s'annoncent, dont il faut peut-être se féliciter moins et, comme nous avons à faire ici surtout à des gens de loisir, le choix de leur caprice présent ne laisse pas d'être assez révélateur. Voici l'anglomanie qui règne sur Paris. En même temps que les marchands mettent sur leur enseigne : magasin anglais et que les limonadiers, sur les vitres de leur café, annoncent le punch en langue anglaise, voyez le beau monde courir aux premières courses de chevaux, à Vincennes et dans la plaine des Sablons, voyez les femmes s'en mêler, conduire des calèches après avoir passé la nuit au bal, et voyez les affreux petits polissons qu'elles attachent à leur

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