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donne à dessein un nombre incroyable de petits ridicules... Il sait ce qui se passe dans les foyers, dans les petites loges, il connaît les aventures de toutes les actrices, il sait ce qui s'est dit mystérieusement dans les soupers,.-, il parle de son oisiveté avec le sérieux d'un homme que pourrait prendre l'homme sensé qui annoncerait une occupation utile. 11 exagère les modes, il a des enthousiasmes sans chaleur, des engouements sans motif, il outre la frivolité nationale, mais il cache quelquefois, sous ces dehors empruntés, la marche fine d'une ambition ardente, il donne le change à ses rivaux, fait tout à coup un excellent mariage et se trouve revêtu d'une charge importante K »
Voilà des physionomies bien vivantes de Parisiens, en un certain moment du règne de Louis XYI; et rien n'est plus propre à corriger en nous l'erreur de ces généralisations arbitraires qui impriment en bloc à de longues périodes du passé un caractère d'uniformité trop simplifiée : les époques se confondent, se résument trompeusement en quelques types, comme celui du lettré qui fait débauche d'esprit à une table de fermier général, ou comme celui de l'adolescent précoce et insatiable, de Chérubin et de Faublas. Sur quoi on a bientôt fait de juger lestement toute une société, trop bien ou trop mal. C'est un grand service que Mercier rend à notre judiciaire, — quel que soit, au reste, son propre sentiment, sympathie ou aversion, — que de faire comparaître devant nous les insignifiants et les médiocres avec le tour propre de leur insignifiance et de leur médiocrité.
Dans cette voie, et quand il lui prend quelque accès d'aigreur, on juge bien que les femmes non plus ne s'en tirent pas à trop bon compte; et, sans peser les termes, ni en appeler de Mercier irrité à Mercier plus rassis, voici par exemple ce qu'il jette tout chaud sur le papier : « Rien d'utile ne prend racine dans la tête des femmes parisiennes. Elles ne connaissent ni les noms des rues, ni ceux des mois, des jours, des années, ce sont comme des glaces qui oublient les objets dès qu'ils ne sont plus devant elles. Qui croirait que ce sont elles pourtant qui dirigent tout '. » Ces écervelées ont renversé l'emploi naturel du temps. Elles se
i. II, 154, 155.
couchent à l'aurore et se lèvent le soir, à peine ont-elles vu le soleil, et on les appelle des lampes '. Les vapeurs sont de leur invention, ce u mal de condition qu'on prend dans les boudoirs, » comme dit la Suzanne de Figaro, et qu'entretiennent l'oisiveté, l'ennui, l'imagination débridée, l'usure des sensations qu'on s'efforce de raviver '. Comment ne seraient-elles pas artificielles, vaines et ennuyées, ces poupées des deux sexes qu'on efféminé et qu'on énerve à dessein dès l'enfance? Petites filles, on ne les a guère dressées qu'aux « riants atours de la mignardise et de la coquetterie », on ne leur a imposé que le devoir de plaire et enseigné que la science de soutenir une feinte perpétuelle ^. Dès l'adolescence, leurs galants futurs ont eu des maîtres pour les instruire « à sourire devant un miroir avec finesse, à prendre du tabac avec grâce^ à donner un coup d'oeil avec subtilité, à faire une révérence avec une légèreté particulière,... à parler gras^ comme font nos acteurs, à les imiter sans les copier, à montrer les dents sans grimace », et plusieurs heures par jour ont été employées à cette étude *. Eux et elles, l'inévitable effet de cette éducation ne devaitil pas être d'en faire des disciples, des adorateurs du Joli, l'idole de Paris ^ ? De ce Joli qui règne dans les productions d'une industrie fragile, d'un art débile, d'une imagination amenuisée, qui caresse des sens anémiques et chatouille des appétits paresseux? Et si, dans leurs discours, la mode fait prévaloir le singulier abus des superlatifs les plus outrés, des termes de divin, détestable, etc. ^, prodigués