XII
C'est à quoi il faut pr(3ndre garde avant d'observer, dans leurs eirels, les maux qui accusent le plus gravement l'imperfection sociale et qui s'imposent le plus impérieusement à l'anxiété de nos consciences, je veux dire la rupture d'équilibre entre les besoins et les ressources, l'effroyable inégalité des conditions et des fortunes, les progrès meurtriers du luxe, en un mot : sujet pesant et amer entre tous au cœur de Mercier.
Toutes les jouissances d'un côté, et toutes les privations de l'autre, (f 11 y a à Paris des fortunes de particuliers de trois cent, cinq cent, sept cent, neuf cent mille livres de rente, et trois ou quatre peut-être au-delà encore. Celles de cent à cent cinquante mille livres sont communes'. » Tandis que, d'autre part, le tiers de Paris ne possède pas un louis d'or en propriété absolue '. Et, par une fatalité qui lui est propre, l'or tend à s'amonceler, il va ou il y en a déjà. Comment s'accumule-t-il cependant et qu'en fait-on? Double cause de démoralisation. « Tel est déclaré humain, généreux, serviable, bon ami, dont la tête ingénieuse est occupée trois heures par jour à trouver de nouveaux moyens pour ruiner son pays et redoubler sa misère. 11 parle d'équité, d'humanité, de bienfaisance, et le projet qu'il va donner le lendemain ruinera six cents familles : c'est un accaparement, c'est un monopole.... Une province est tout à coup dépossédée de ses productions. Tout est enlevé comme par enchantement. On honorera du nom de spéculation ce qui n'est que l'ouvrage de l'avarice. Le monopoleur est un homme poli, qui parle des beaux-arts : comment oserait-on l'appeler un concussionnaire ' ? »
Voici une rue toute bordée d'hôtels magnifiques. De ceux qui les habitent, « l'un a fait disparaître des voitures de farine, l'autre à conduit une légion de commis aux aides. Là est un intendant qui a traité une province comme un pays ennemi*. » « On a vu un courtaud de boutique gagner douze millions, un commis vingt-cinq, un ex-laquais dixhuit, sans compter les fortunes subalternes de six à sept millions qui sont venues engraisser des hommes de la plus