VII
insalubres et, par exemple, les journées passées au fort de l'été dans « la vapeur tiède, infecte, lourde, épaisse » des manufactures de glaces, où les exhalaisons du mercure empoisonnent les hommes les plus robustes et donnent à leurs membres un tremblement perpétuel. « Les nègres n'expriment pas de leurs corps une sueur aussi douloureuse *. » Lourde aux hommes, pourquoi faut-il, par surcroît, que la vie par le travail devienne presque impossible aux femmes? En sus des taxes, gênes et contraintes communes aux deux sexes, la fille d'artisan, la grisette, se voit obligée de subir l'injuste concurrence des hommes dans des métiers qui ne semblent faits que pour elle. Est-il juste que douze mille ouvriers mâles exercent l'état de tailleur, coupent, ajustent et cousent, ce qui est une occupation de femme, ainsi que l'a dit Jean-Jacques Rousseau^? Mais bien pis, « on voit des hommes qui sont marchands de modes, de linge, de gazes, de mouchoirs, de fleurs artificielles ». Et il en résulte qu'à la honte de l'humanité, des femmes « sont marchandes de bœufs et de porcs, d'autres sont attelées à de petites charrettes, d'autres enfin sont porteuses d'eau ». Oui, porteuses d'eau, et c'est un cri de vraie douleur que le généreux Mercier pousse ici : « J'ai vu une jeune fille dont le sein était affaissé sous la sangle'. » Voilà comment les malheureuses sont fatalement conduites au vice, comment l'hôpital des Enfants-Trouvés se remplit et comment des myriades de mendiants infestent les murs de Paris \ Et quel palliatif dérisoire que ces dépôts de mendicité où on les entasse et où l'on ne sait pas même tirer parti de leurs bras ! Quoi de plus ridicule que d'employer un mendiant valide à filer de la laine ou à tourner un rouet? Ils se corrompent par le contact, les femmes surtout, et il faut désespérer pour eux de toute conscience et de tout salut ^ Voilà comment se recrute dans le royaume de France une armée ennemie de plus de dix mille brigands ou vagabonds qui tient perpétuellement la maréchaussée en haleine. « Arrivent les lois pénales, entourées de bourreaux, mais