‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 39 sur 521 · Songes phiL · texte numérisé non relu

Songes phiL

3. De J.-J. R., Il, 187. Des lettres qui eussent témoigné de leur commerce seraient pour nous d'un grand prix. Malheureusement, il ne semble guère que ces deux hommes se soient écrit. La correspondance de Diderot, ce que nous en possédons du moins, ce que l'édition Assézat et Tourneux en ,i recueilli, ne contient, à l'adresse de Mercier, qu'un billet assez court qui est relatif à leurs relations communes avec la comtesse Fanny de Beaubarnais (xx, 83). .l'aurai l'occasion de le citer plus tard.

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Diderot « s'écliaufïait dans la conversation, et même il s'emportait jusqu'à la fureur, surtout quand il parlait des souverains oppresseurs et de la tyrannie sacerdotale liguée avec eux; alors il passait les bornes : « Le genre humain, criaitil, ne sera heureux que quand on aura étranglé le dernier roi avec les boyaux du dernier prêtre ». Cette exclamation dans sa bouche devenait très risible, parce que sa figure heureuse et bonne démentait celte folle exagération d'un cerveau allumé' ». Et c'était le même homme qui, un jour, s'efforça, deux heures durant, de démontrer à Mercier (^ que les lois n'auraient pas tort de brûler un athée en place publique' ». Ahl il n'est pas besoin de rechercher pourquoi ces deux hommes s'accordèrent. Ils étaient bien de la même famille. Mercier, qui ne fut pas son égal en génie, sut, pour son honneur, ne jamais contracter les mêmes souillures. Mais il fut possédé, au même degré, du délire de penser et de parler, sans retenue, sans fausse honte ni crainte du ridicule, toujours grand train et bride abattue.

Un autre homme exerça sur lui pareil empire, ce fut Rouelle, le chimiste, dont les cours attiraient tout Paris. La science qu'il enseignait, alors toute nouvelle, ne répondaitelle point merveilleusement à ce grand entrainement d'espérance qui montrait aux hommes leur condition future renouvelée au gré de leurs vœux? En livrant à leur discrétion les corps et les éléments qui les constituent, en leur donnant accès dans le secret du laboratoire, la chimie venait à point pour corroborer leurs plus hardies entreprises. Mercier vit en elle aussitôt un des puissants leviers dont il attendait le redressement du monde. « Je ne sais si je me trompe dans mes vœux ardents, mais je pense que la chimie pourra tirer un jour de tous les corps un principe nourrissant et qu'il sera alors aussi facile à l'homme de pourvoir à sa subsistance que de puiser l'eau dans les lacs et les fontaines'. »

On peut juger de l'ardeur qu'il mit à suivre les leçons d'un liomme dont la fougue était faite pour redoubler la sienne, dont il devait certainement être le dernier à remar-

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