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SA VIE, SON œUVUE, SON TEMPS 593
si bien de la rendre trop présomplueuse? Auxiliaire moral de ceux qui agissent et gouvernent, il n'en exige pas la recherche de l'absolu. 11 voit que la politique est hasardeuse et les hommes imparfaits. S'agit-il déjuger les consciences ou les actes, il est le moins intraitable des adversaires et le plus équitable des critiques. Entre les idées contraires il sait tout ce que Ton trouve de tempéraments, et du pour au contre combien il est de degrés intermédiaires. 11 ne divise pas le monde en deux parties, celui dont il est et celui dont il n'est point ; pas plus qu'il n'accepte de consignes, il ne prononce d'exclusions systématiques. Il sent à merveille qu'il y a du plus et du moins dans les affaires humaines et que l'on erre à vouloir trop dogmatiser. Bref, il résout ce rare problème, ne pensant jamais sans passion, de penser néanmoins sans partialité.
Philosophe, et partant ennemi des croyances forcées, il n'a, nous l'avons vu, aucune haine contre l'Eglise. A la différence de tant d'autres parmi ses contemporains, il ne confond point l'émancipation avec l'aversion, et, s'il soustrait à la contrainte les franchises de sa conscience, du moins se garde-t-il de méconnaître et de calomnier le haut pouvoir moral dont il a décliné la tutelle, d'en contester les bienfaits et d'en répudier les secours. Loin de lui inspirer irrévérence ou aigreur, les idées religieuses se traduisent sous sa plume en paroles de respect et d'amour'. Quoique la
1. A côté du siucère sentiment religieux qui l'anime, il faut faire la part d'un certain esprit de prudence qui s'accuse curieusement dans le morceau que voici : < Comment un augure peut-il rencontrer un autre augure sans sourire? disait Gicéron. 11 lui était permis de sourire, mais tout bas, et point d'éclater, car on peut reconnaître le ridicule d'une chose et, lorsqu'elle est liée à la machine politique, la respecter, non dans sa source, mais dans ses effets. Mépriser ouvertement ces cérémonies, ces dogmes, ce culte qui retient, anime, soutient, amuse, console la multitude, est la preuve d'un esprit évaporé. 11 faut des signes sensibles pour le peuple, et qu'importe le signe? C'est le frein mis au coursier fougueux : qu'il soit d'or, de fer, de bois, il dirige. Dès que l'homme est eu société, il lui faut des courroies. Cela n'empêchera pas le philosophe de parler contre les abus du culte quand la religion est intolérante, tyrannique, persécutrice, attentatoire à la liberté de l'homme, trop féconde en minuties. Il doit dévoiler le crime des ministres, mais ses traits ne doivent pas retomber sur la sainteté du culte, nécessaire à toute société, à tout individu »... U ajoute même ce dernier mot, décidément excessif : « et qui doit se confondre avec les lois civiles. » Papiers de M. Duca.
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foi positive soit contre lui, il n'est point, lui, contre elle. Ce n'est pas de vaincre qu'il se soucie, mais de concilier. La doctrine de l'Évangile, si on l'en croit, ne fait qu'un avec la religion naturelle ; on dirait d'un malentendu qu'il s'efforce de dissiper. L'une avec l'autre, il les sollicite de se confondre et s'identifier, et si l'entreprise peut à bon droit paraître téméraire, du moins témoigne-t-elle assez du sentiment que le christianisme inspire à Mercier. Il a sur Jésus- Christ des paroles de la plus religieuse émotion. « Ce nom m'a toujours terrassé de respect... Le christianisme, dans son origine, fut un retour à la loi naturelle... Quelle doctrine que celle de Jésus ! Toutes les vérités naturelles y sont établies et développées; toutes celles que l'homme ignorait ou sur lesquelles il ne pouvait former que des conjectures et qu'il lui importait de reconnaître avec certitude, y sont annoncées. Il n'est aucune de ces vérités qui ne s'accorde avec les idées que nous avons de la sagesse de l'Être Suprême, de sa bonté et de sa justice. Le culte prescrit est digne du Dieu qui en est l'objet : c'est le culte de l'esprit et du cœur ; l'homme y apprend sa noble origine, sa destination et sa fin... La morale chrétienne serait la base d'une excellente constitution politique... C'est la morale de Jésus qui, toujours vivante dans une foule de cœurs élancés vers le ciel, rétablit une sorte d'égalité en faisant vivre les pauvres et en exerçant en leur faveur les actes renaissants d'une charité inépuisable; c'est la morale de Jésus, enfin, qui soutient ce colosse politique et qui s'oppose à sa corruption totale et à sa dissolution '. »
On reconnaît ici le souffle du Vicaire Savoyard, avec quelque chose déplus chrétien encore peut-être onde plus proche du sanctuaire, A ce degré, l'empire du sentiment n'empêche sans doute pas les répliques ou les murmures de la raison, mais ils gardent quelque retenue, et, même en l'absence d'un système dogmatique, ce sont les raisons du cœur qui l'emportent. Choses et gens d'église, s'il les prend à partie, c'est contre eux la cause des âmes pieuses qu'il sert \ et non point celle des esprits forts. La procession de la Fête-Dieu, l'assemblée qui se presse à la messe de mi-