‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 394 sur 521 · VI, 164-167, passim · texte numérisé non relu

VI, 164-167, passim

tout clopinant, voilà l'appareil qui s'achemine vers le logis du moribond. Le ciboire est habillé de quatre petits morceaux d'étoffe, la sonnette avertit le peuple de se mettre à genoux, les fiacres et les équipages s'arrêtent, mais les maîtres ne descendent pas de voiture, on baisse les glaces et l'on s'incline légèrement à la portière. Quand les cochers sont sourds, le porte-sonnette redouble le son de sa petite cloche. L'hérétique ou celui qui craint de se crotter en est quitte pour un quart de génuflexion. Tout le monde a droit de suivre le viatique dans la maison où il est entré et jusque dans la chambre du malade... Le prêtre fait d'une console un autel, il asperge d'eau bénite la chambre en exorcisant les esprits malins, puis il commence une exhortation banale à un mourant qu'il n'a jamais vu, qu'il ne connaît pas. La même exhortation s'applique aux jeunes, aux vieux, aux adultes, aux femmes, aux filles, à toutes les conditions et à tous les états*. » Tout cela, pour Mercier, est butin légitime d'observateur : c'est le contraste du solennel et du mesquin, la disproportion des paroles sacrées aux voix qui les prononcent, la majesté des conceptions religieuses en regard de leurs plates enveloppes; et la plus stricte orthodoxie n'y trouverait elle-même rien à redire.

Si les sentiments de Mercier ne laissent, d'ailleurs, pas de comporter des libertés plus grandes, le ton néanmoins en demeure assez mesuré. Pour communiquer aux enfants la notion des choses saintes, « l'inintelligible » catéchisme de Paris n'est point du tout son fait, et il y préférerait de beaucoup quelque clair traité de morale ou de droit naturel. « lisse remplissent la mémoire de ces mots sans idées, et se forment à parler le reste de leurs jours sans avoir la couscience de ce qu'ils disent... Comment abuse-t-on à ce point de la première aurore de l'intelligence humaine'? » Disposé, comme nous le connaissons, à l'égard des couvents, il ne fait non plus aucune difficulté de médire des séminaires où l'on jeûne et où l'on s'ennuie, où l'on n'a, dans l'âge de l'appétit et de la puberté, que des questions de théologie à se mettre sous la dent, où l'on s'instruit enfin à l'intolérance. On ne peut dissimuler qu'il y a quelque mauvaise humeur dans ce passage : « Le troupeau, en gé-

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