II
SA VIE, SON ORUVRE, SON TEMPS 59"î
néral, est stupide, parce qu'il est composé d'une espèce de paysans qui n'ont reçu qu'une éducation collégiale et qui accourent des campagnes s'enfermer dans ces demeures pour aller ensuite se faire sous-diacres et passer de là à quelque emploi de portefaix ecclésiastique. Ces épreuves sacerdotales n'embellissent pas leurs physionomies. Quand on rencontre le noir troupeau, l'on voit dix visages grossiers et laids pour une figure agréable... La laideur est plus caractéristique chez les séminaristes que dans tout autre assemblage d'hommes \ »
On s'attend bien, j'imagine, que Mercier ne voit point avec déplaisir les progrès croissants de la tolérance. A bon droit il s'en loue, et nous lui devons là-dessus des renseignements précieux. « La liberté religieuse est au plus haut degré possible à Paris ; jamais on ne vous demandera aucun compte de votre croyance; vous pouvez habiter trente ans sur une paroisse sans y mettre le pied et sans connaître le visage de votre curé. » En fait d'obligations, chacun n'est tenu que de faire baptiser ses enfants % de rendre le pain bénit et d'acquitter la taxe des pauvres. « Les juifs, les protestants, les déistes, les athées, les jansénistes, non moins coupables aux yeux des molinistes, les riennistes vivent à leur fantaisie K » Il n'y a pas si longtemps, d'ailleurs, et Mercier a fort bien connu la fameuse querelle des billets de confession, la guerre intestine allumée parle zèle de Christophe de Beaumont, dont le caractère ne laisse pas de lui inspirer un respect non dissimulé. Le souvenir lui est aussi demeuré du temps où il fallait cacher dans une boîte à perruque le bouillon qu'on envoyait le vendredi à un malade. N'avait-il pas vu, dans sa jeunesse, arrêter et saisir, pour cause d'abstinence, le dîner gras qu'on portait au prince de Condé, de son hôtel au jeu de paume de la rue Mazarine*? A la date du Tableau au contraire, les boucheries demeurent ouvertes en plein carême. Chacun reste maître et juge de ses pratiques, et l'heureux effet de ce régime est de fermer la bouche aux impies.