‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 396 sur 521 · VII · texte numérisé non relu

VII

2. Encore 98 parrains sur cent sont-ils incapables de réciter le Credo, vu, 49.

« On ne dispute plus nulle part sur la religion », et s'il y a bien peu de maisons où le jansénisme et le molinisme agitent encore les esprits, d'autre part, « on a l'air d'un sot écolier qui n'a rien vu et rien entendu quand on se met à déclamer contre les mystères et les dogmes. Il n'y a plus que les garçons perruquiers qui fassent des plaisanteries sur la messe », et « il n'y a rien qui annonce un plus mauvais ton que de vouloir railler un prêtre dans une société... On ne scandalise plus personne, et l'on n'est plus scandalisé '. y> Grande victoire que les lumières ont remportée sur l'un et l'autre fanatisme*.

Nul doute, à ce titre, que Mercier ne s'en félicite, mais je n'oserais dire qu'il en ressente une joie sans mélange. Ce laisser-aller si propice à la paix civile s'accorde trop bien avec « l'insouciance générale qui caractérise aujourd'hui, à ce sujet, tous les hommes de la capitale qui ne sont pas peuple ^ » C'est un bien évidemment qu'on soit libre de ne pas aller à la messe, mais on use si largement de la permission ! « Depuis dix ans, le beau monde ne va plus à la messe, on n'y va que le dimanche pour ne pas scandaliser les laquais, et les laquais savent qu'on n'y va que pour eux. Quant au petit peuple, il y va encore. » Mais il commence à se passer des vêpres, que le beau monde appelle l'opéra des gueux. Les églises ne sont guère remplies qu'aux jours des grandes cérémonies. « Les femmes composent au moins les trois quarts de l'assemblée. On va dans le carême entendre les prédicateurs un peu renommés pour juger leur style, leur éloquence et leur débit *. » De même, aucune im-

1. m, 12, 90. Un prédécesseur de Mercier écrivait dès 1739 : u On aurait horreur de passer pour athée, mais il est glorieux, il est de mode d'afficher le déisme. » Tableau du siècle par un auteur inconnu. p. 13.

2. Sur l'antique fanatisme, à la bonne heure. Mais le nouveau entendait-il toujours si facilement raison? Voici un passage de Linguet qui donne fort à penser sur uu odieux travers dont nous ne connaissons que trop l'insolente fortune. Le fanatisme religieux est, écrit-il, « bien moins redoutable aujourd'hui, bien plus aisé à contenir que le fanatisme philosophique... Les philosophes aujourd'hui sont aussi ennuyeux, aussi dégoûtants avec leurs déclamations contre le fanatisme et les prêtres que l'étaient dans les siècles passés les théologiens avec leur controverse. » Annales politiques, civiles et littéraires, 1777, ii, 73.

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