‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 398 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

hommes accourent à ce pieux spectacle et qae les politiques de toutes les cours souveraines s'inclinent devant le passage du dais ! Non, la religion n'a pas souffert de toutes les attaques qui lui ont été portées par les incrédules. Entrez dans les églises, elles sont pleines! Visitez les confessionnaux, ils sont remplis ! Trois mille messes se disent par jour! Pas un reposoir n'a perdu une fleur depuis quarante ans ! Aucun coup d'encensoir ne s'est abaissé d'une ligne! Tous les cris des incrédules ne sont que des murmures impuissants et perdus * ! »

Bien certainement, Mercier, qui ne raisonnait pas avec ses enthousiasmes, dépasse ici sa pensée ; et on aurait tort d'interpréter à la lettre des paroles enflammées après lesquelles il ne lui resterait plus qu'à rentrer dans le giron de l'Église. Non, ce qui prend ici fait et cause pour la foi positive, ce qui se sent, avec elle, tiré de péril, c'est le sentiment religieux, sentiment si puissant et si fort dans le cœur de Mercier, si étroitement d'intelligence avec un libéralisme philosophique d'une rare mansuétude, qu'il a besoin de se préserver contre la philosophie telle que d'aucuns l'entendent, contre l'esprit d'agression qui l'inspire et les entreprises de haine qu'elle suscite. C'est là, il faut l'avouer, une disposition d'esprit dont l'éminente générosité et la largesse singulière permettent à Mercier de comprendre bien des choses qui, par l'effet de la passion humaine, s'opposent ou s'excluent le plus souvent. Et ses jugements ne peuvent manquer d'en recevoir un grand poids.

Car on ne peut guère cependant taxer de complaisance un homme tout dégagé des attaches qui retiennent les fidèles, un homme qui pense et parle librement sur les abus qu'il rencontre, en matière religieuse comme en toute autre. Et je ne prétends pas lui imputer à hardiesse telle page sur ces abbés profanes et oisifs, si communs alors à Paris, « qui ne servent ni l'Eglise ni l'Etat, qui vivent dans l'oisiveté la plus suivie et qui ne font que des inutilités et des fadaises ». Un Père de l'Eglise, lui-même, aurait en effet souscrit, si même il ne les eût renforcées, à des réflexions sévères comme celle-ci : « On voit sous le nom d'abbés beaucoup de petits housards, sans rabat ni ca-

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