Tableau de Paris, Amsterdam, 1788. xit
2. Le Parnasse Saini-Jacques, pluviôse an IX. C'est le titre d'un article de journal fort curieux, retrouvé, avec une foule d'autres, parmi les papiers de M. Duca. Je n'ai pu découvrir s'il a été publié, ni dans quelle feuille.
toujours sa poignée de verges sous le bras) pour fourrer adroilemont dans les boucles de sa perruque do petits pétards à Tesprit do vin. Le plus hardi mettait le feu. Il y en avait aussi ;\ toutes les chandelles, et les pétards, parlant à la fois, les éteignaient en même temps. Le lion se réveillait en sursaut ; les artificiers, rassurés par l'obscurité, riaient de sa frayeur, mais tremblaient bientôt à leur tour ». Mercier pourtant ne lui garda pas une rancune personnelle, il se plaît à nous le peindre honnête homme et bienfaisant. Il aimait aussi à l'entendre chanter. Toquet faisait résonner sa belle voix au lutrin de Saint-Germaiul'Auxerrois, et quand après souper il s'exerçait tout seul et sans lumière dans la salle d'étude solitaire, à côté, dans le réfectoire, ses élèves retenaient leur souffle pour l'écouter. 11 se peut bien que le jeune Sébastien ait contracté là le goût de la musique qui ne le quitta jamais.
Mais si, en somme, sa mémoire est clémente au maître, il garde encore, lui sexagénaire, un ressentiment tenace contre le régime des collèges et pensions, « véritables châtelets de l'enfance ». A la date où il écrivait, ces chdtelels n'existaient plus ; la révolution avait tout démantelé, et il trépignait d'aise sur leurs ruines. On s'attachait, paraît-il, à instruire en la divertissant la première génération d'écoliers du xix" siècle, et Mercier accorde peut-être trop de confiance à ce mode de pédagogie. « Nous ne fûmes pas
si heureux, s'écrie-t-il, nous autres grands enfants
Entassés les uns sur les autres dans des chambres étroites, obscures, sans air, il ne nous était pas permis de souffler, de remuer, de détourner les yeux de dessus notre livre ; à la voix du docteur A. b.c., tous nos petits membres frissonnaient. Le martinet était suspendu sur nos têtes. Nous ne
savions articuler que le cri de la douleur Qui a vu une
pension, a vu toutes les autres. Dans toutes, les enfants apprenaient à perdre le temps, brûlaient, pour s'amuser, leurs dictionnaires, dont les feuilles, conservant encore leur forme après la combustion, montaient au plancher toutes semées d'étoiles serpentantes. Dans toutes, ils se laissaient voler leurs chapeaux, déchirer leurs habits, s'ennuyaient de leur captivité, maudissaient leurs ignares et décourageants précepteurs, se communiquaient les éléments du vice, rongeaient des os en guise de viande au réfectoire, pour
complaire à l'avare maîtresse, qui avait, comme le maître aussi, sa poignée de verges et les renouvelait plus souvent' ». La page est digne de figurer parmi les mieux venues du Tableau.
Aux termes des statuts de 1733 *, il était enjoint aux maîtres de pension de conduire leurs élèves, passé l'âge de neuf ans, aux collèges de l'Université. Mercier eut donc d'autres éducateurs que le 'père Toquet. « Levé à six heures du matin en hiver, le bras trop court pour embrasser ses dictionnaires grec et latin ' », nous le voyons traverser le Pont-Neuf pour se rendre aux Quatre-Nations *.
On sait que cette maison avait été fondée et opulemment dotée par Mazarin pour que le gîte, i'entrelien et l'enseignement y fassent fournis sans nulle rétribution à soixante jeunes gentilshommes natifs de l'une ou de l'autre des quatre provinces réunies à la France par les traités de Westphalie et des Pyrénées : Alsace, Artois, Roussillon, Pignerol. En dépit de ce strict privilège, on ne fut, par la suite, très regardant ni sur le nombre de ces pensionnaires qui se réduisit de moitié, ni sur leur origine, ni sur leur noblesse. Parisien et roturier, Mercier aurait bien pu manger dans l'argenterie du cardinal tout comme ses congénères Lekain, Ois d'orfèvre, et le futur poète Ecouchard-Lebrun dont le père était valet de chambre du prince de Conti. Mais son nom ne figure pas sur les listes de ces privilégiés, et c'est en qualité d'élève externe;, lui-même vient de nous l'apprendre, qu'il prit sa part de leçons dont l'Université accordait le libre et gratuit accès à quiconque se présentait^.
Objet d'une haine qui ne désarme point, il ne l'a pas oublié dans le Tableau de Paris, ce collège, « le plus beau, le plus riche, le plus fréquenté des collèges de l'Université