‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 402 sur 521 · xr, î · texte numérisé non relu

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faudrait la volonté expresse de Sa Majesté pour qu'un sujet osât entrer ou dans l'ensemble ou dans les détails'. » D'ailleurs, le prince ne vit entouré que de gens de cour rompus à l'usage du lieu et soucieux de leurs seules ambitions. Il n'a presque jamais l'occasion d'entendre le franc avis d'un particulier sur des choses de sa compétence. L'intérêt public s'en trouve fort mal et les besoins les plus urgents attendent longtemps leur satisfaction, du moment que les coutumes établies conspirent à entretenir la personne royale dans la paresse d'esprit et dans l'inexpérience.

L'infaillible effet de cette séparation morale, de cette opposition de fait entre le roi et le sujet, c'est de maintenir et de perpétuer, contre la justice, contre le bien et l'utilité de l'Etat, des lois, institutions et prérogatives établies au profit de quelques-uns et dommageables à presque tous. Ainsi, le régime de faveur dont jouit la noblessse : en province, avec ses droits féodaux, ses impôts particuliers qui aggravent encore la charge du peuple; à la cour, avec toutes les pensions, dignités et places qu'on lui réserve. Cette inégalité, Mercier ne serait pas de son temps s'il ne la trouvait odieusement pesante; et c'est bien l'accent d'un contemporain de Beaumarchais qui sonne dans une protestation comme celle-ci : « La noblesse sert-elle mieux dans les armées que cette foule de soldats intrépides qui, sortis des classes du peuple, ont tout aussi bien qu'elle l'honneur pour mobile?... Depuis que l'éducation a donné aux hommes à peu près les mêmes lumières, ils sont également propres au service de la patrie... Aujourd'hui que la noblesse n'a ni plus de vrai courage, ni plus de vrai génie que la portion éclairée et patriotique de la nation, l'égalité revient insensiblement et de plein droit. Les services rendus au trône, à la nation, aux arts, ne doivent plus se distinguer d'après des syllabes plus ou moins longues; l'homme plus que jamais est le noble fds de ses œuvres-. »

Ainsi encore, ces charges et offices divers, multipliés audelà de toute utilité, convertis souvent en propriétés personnelles et dès lors détournés de leur esprit véritable, de l'exact service du public, pour profiter à leurs seuls titulaires. Ainsi, le règne des commis, puissance à qui on vient

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