‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 411 sur 521 · VII · texte numérisé non relu

VII

arbitraire ont bien pu avoir leur utilité et rendre des services, ce qui n'est pas trop contestable, mais le mal, en pareille matière, n'a-t-il pas beaucoup de chances de l'emporter sur le bien? L'arbitraire n'exclut-il pas par définition les garanties et les conditions auxquelles on en subordonne les bons effets? Et ceux-ci enfin, n'y aurait-il pas d'autres moyens et moins coûteux de les obtenir? Mercier l'oublie un peu trop facilement, au surplus, la lettre de cachet ne s'en tenait pas à l'office de correction paternelle qu'il vient d'indiquer. Tout exorbitant qu'il fût, le privilège aurait encore eu de quoi se défendre, s'il eût seulement relevé de la peine encourue une faute jusque-là unique et laissé quelque voie de salut à un repentir présumable. Mais des protecteurs en crédit l'employaient à l'impunité des scélérats les plus endurcis. Le bénéfice n'en fut pas refusé à l'odieux personnage qui s'appelait alors le comte de Sade*. Sans pousser d'ailleurs plus avant une objection qui n'est pas trop de notre sujet, la conclusion la plus intéressante à tirer des idées de Mercier sur ce point, c'est qu'il ne s'emportait pas sur la foi des mots. Il n'y en avait guère alors de plus malfamé que celui de lettre de cachet, et pourtant il osait en raisonner de sang-froid, sans fausse honte, sans complaire à l'opinion régnante, sans rien rabattre de son sentiment.

Avec un esprit critique d'un aussi rare équilibre, avec un si louable scrupule d'entrer dans les vues des gens, de les expliquer et de les justifier, on ne leur refuse guère le mérite de leurs bonnes intentions, de leurs tentatives heureuses et de leurs succès partiels. C'est ainsi, dès qu'il en a lieu, que Mercier en use avec le gouvernement. 11 le voit occupé de plus en plus d'objets d'utilité publique, un esprit d'activé philanthropie préside aux conseils du roi, nombre de modifications, d'améliorations notables sont déjà accomplies. Il se garde bien de les omettre, il y applaudit avec joie et orgueil. Ce qu'on est déjà parvenu à obtenir a son prix : loin de le dénigrer en considération de tout ce qui manque encore, il ne songe qu'à en tirer des présages favorables. Personne n'a moins eu le dédain des « cures palliatives*. » Tout progrès compte à ses yeux. La douceur et l'humanité prévalent de plus en plus dans les mœurs judi-

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