‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 416 sur 521 · T. de p., préface, xiv · texte numérisé non relu

T. de p., préface, xiv

d'un grand écrivain, tantôt du plus maladroit écolier. Selon le hasard de l'inspiration, voici des phrases vives, agiles, expressives, un choix de mots inattendus, une rencontre spontanée de la pensée et de la forme, quelque chose de brusque et de direct à la façon d'un reilet ou d'un écho; et puis, au contraire, et tout à côté, des platitudes, des impropriétés et des incohérences, toutes les disgrâces, les essoufflements et les faux pas d'une plume qu'on mène grand train et qui court bon gré mal gré, alors même qu'elle trébuche. De sorte que le même homme écrira : i( Du choc de toutes les opinions, il résulte un prononcé qui est la voix de la vérité et qui ne s'efTace point ' » ; tandis qu'ailleurs il lui viendra sous la plume telle éloquente métaphore comme celle que j'ai citée plus haut : « La France est en nage; la sueur lui coule du front; supportera-t-elle encore longtemps ce violent exercice"? » On trouverait, au reste, sans peine, parmi les nombreux passages de Mercier transcrits dans ce livre beaucoup d'exemples de l'un ou de l'autre cas '.

Mais quand il écrit mal, sans se châtier, ni se relire, comme aussi quand il entasse à l'aventure les observations les plus disparates, c'est qu'il court à l'essentiel. En se bornant, en prenant quelque souci de la composition, il eût fait une œuvre mieux ordonnée, mais non peut-être sans que son dessein, tel qu'il l'avait conçu, en eût souffert. Pour jeter sur le papier Paris, Paris tout entier, c'est de tous les côtés à la fois, c'est à coups redoublés qu'il fallait s'attaquer au monstre. Grouper, balancer, subordonner les parties, les faire rentrer dans le cadre harmonieux d'une composition classique, n'était-ce pas — quand le talent de Mercier eût été capable de s'y plier — n'était-ce pas courir le risque de trahir et de défigurer le modèle? Pouvait-on s'arrêter, reprendre haleine, lorsque après tant

Page 1