‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 420 sur 521 · T. de P., X · texte numérisé non relu

T. de P., X

SA VIK, SON OKllVIîK, SON TEMPS 629

paraît dans beaucoup d'autres n'a d'égale que la iaihlesse do la verve satirique. Jadis élève du graveur .1. G. Wilie, Dunker avait, dans sa jeunesse, passé quelques années à Paris, et il ne lui en était visiblement resté qu'un souvenir peu flatteur'. La première page, qui ne compte point parmi les meilleures, mérite de nous arrêter uti instant. On y voit que — contrairement à l'impression que j'ai essayé de justifier, — les contemporains étaient surtout sensibles à ce que la manière de Mercier présente parfois d'acerbe. Au titre d'une simple supposition qu'il qualifiait lui-même de « bizarre, forcenée, extravagante », l'auteur s'était demandé si la destruction de Paris serait un malheur pour le royaume. Nous verrons plus loin qu'on s'en émut, comme s'il avait positivement demandé qu'on y mît le feu. Dunker emprunte à cette idée le thème de son Irontispice, où l'on voit la ville de Paris, portant la Bastille en couronne murale, reculer d'horreur à la vue de son image qu'un satyre lui montre. L'explication de la planche nous explique ainsi l'objet de cet émoi : « Du milieu des ombres et des ténèbres du Tableau s'élève la flamme, résultat de l'incendie que M, Mercier propose aux habitants de Paris ; et dans ces ténèbres, on découvre des estropiés, des culs-de-jatte, des fiacres, des maisons renversées, etc. Le pinceau large du capripède dégoutte encore de la couleur sombre qu'il vient d'employer et la pierre à broyer, sur le devant, en contient aussi un reste. » Au bas, cette inscription : « Rembrunissons nos pinceaux. »

Mercier obtint aussi les honneurs du plagiat. Sous couleur d'y ajouter des réflexions de sa façon, un inconnu réimprima en 1783 tout ce qui avait déjà paru du Tableau et en tira six volumes *, où l'intention de débiter le bien d'autrui paraît dans toute son efl"ronterie naïve, car le texte de Mercier y tient presque toute la place, et les critiques qui servent de prétexte au larcin sont courtes, clairsemées et généralement ineptes. On en peut juger par ce fait, entre autres, que le « Solitaire » comme, il s'intitule, reproche à Mercier le sujet même qu'il a choisi, l'étude du cœur humain étant, à ce qu'il lui semble, plus facile au village, où

\. Bo° R. Portails. Les dessinateurs d'illustrations au XVIII" siècle. Paris, Morgaad et Fatout, 1817, i, 180-182.

2. Tableau de Paris critique par un solitaire du pied des Alpes. Nyou, NîUthcy, 1783.

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