Jourii. helv., avril
lui rendre plus exacte justice. Evidemment, Chaillet, qui n'épouse pas tous les griefs du philosophe, n'en partage pas non plus les engouements et les folles visées. La préh;rence que Mercier donne si intrépidement au xvin« siècle sur le précédent, parce que la philosophie s'y est répandue partout, lui inspire de légitimes protestations. Il le déclare sans ambages, « les prêches l'ennuient », « les répétitions l'endorment », « les déclamations l'impatientent ». Mais sur la foi de tel ou tel dissentiment, il ne range pas Mercier parmi ses adversaires et il ne lui refuse pas le bénéfice des opinions nombreuses qui leur sont communes. Le passage sur la châsse de Sainte-Geneviève ne lui a point échappé ; il le note en passant et le loue volontiers '.
Dans l'intervalle des deux articles, Mercier était venu précisément s'installer à Neuchàtel, et Chaillet, qui ne le connaissait pas en écrivant le premier, nous apprend dans le second que la connaissance s'était faite. On peut supposer que Mercier ne fut point insensible à la douceur de se voir ainsi apprécié; la mention flatteuse qu'il fait de Chaillet dans un des premiers volumes du Tableau en témoignerait au besoin '. Ils commencèrent donc par être amis et c'est apparemment une irréductible divergence de sentiments sur le drame qui finit par les brouiller, puisque, deux ans après, en 1784, dans une lettre que j'ai citée, Mercier, descendant au dernier terme du mépris, remettait à l'achèvement de son travail la lecture de tous les folliculaires,, « depuis M. Fréron jusqu'à M. Chaillet. »
Au regard de la postérité, la sentence d'un bon juge, eùtil siégé dans un hameau, vaut toute une jurisprudence. Il n'en est pas de même pour les contemporains : de quoi sert, en effet, la sagesse même de Salomon si elle a le tort de demeurer ignorée? Tout honorable qu'elle fût pour Mercier, l'approbation d'une feuille obscure, chétive, imprimée dans