‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 427 sur 521 · Ibid., xin · texte numérisé non relu

Ibid., xin

tance qu'il n'eût convenu à la ligue des nouvellistes do nous le laisser croire.

Naturellement, on continua comme par le passé d'écrire beaucoup sur Paris, mais on y porta un esprit nouveau, ou se piqua de sollicitude pour le bien public, on entreprit d'éclairer sur leurs devoirs magistrats et hommes en place, de leur indiquer les abus à réformer et les améliorations à essayer. Sans doute le temps le voulait ainsi, et Mercier, tout le premier, en subissait la loi, mais c'est bien lui qui détermina cette émulation et c'est bien sur son exemple qu'elle se régla. V Année littéraire , on l'a vu plus haut, se plaignait de retrouver l'inspiration du Tableau de Paris dans les Numéros, de Peyssonnel (1782-84). Un autre ouvrage, qui n'a de commun avec le précédent que le titre, les Numéros parisiens (1788) et dont l'auteur est inconnu, confesse dans sa préface la même provenance. Et lorsque le Dauphinois Dufour eut aussi, sous le titre de Diogène à Paris (1787), son conseil à donner, son remède à recommander, il commença par se défendre d'avoir lu Mercier vers qui allait d'instinct toute attribution de priorité en cette matière. Il obsédait même les auteurs de frivolités: fût-ce pour le décrier, pour protester d'un dessein tout difïérent, on n'évitait point le rappel de son livre en composant, soit le Petit Tableau de Paris (1783) *, soit Paris en miniature (1784) '. Et il n'est pas

1. Attribué à Rulhière et aussi au marquis de Luchet. Voici comineut l'anonyme disait son fait à Mercier. « Un auteur sentimental a trouvé le moyen de faire quatre volumes de morale sous prétexte de donner le tableau de Paris. Bénissons à jamais ses philosophiques intentions, mais ne lisons pas sou livre. C'est un excellent homme, mais un peintre médiocre. Il connaît tout excepté l'art de plaire. 11 aime la vérité; que ne sait-il la faire aimer? » Au lieu de quatre volumes, l'auteur du i'etit Tableau promettait de s'en tenir à quatre feuilles. Encore ne redoutait- il que d'être diffus. A force de stérilité, il a paré à ce danger, et, en parlant de cette brochure, Métra n'a pas tort de l'appeler « un croquis superflciel dont la lecture ne donne ni plaisir ni instruction. » Corr. secr., xiv, 319.

2. Attribué également au marquis de Luchet. N'y aurait-il pas quelque confusion ? La plume d'un écrivain distingué (tel que Rulhière) se trahit dans cet ouvrage et nullement dans l'autre. Quel f[u'il soit, l'auteur de Paris en miniature ne médit pas de Mercier. S'il écrit, c'est pour les lecteurs frivoles que la vue d'un in-S" ferait « tomber en syncope. » Cette miniature, fort pimpante, respire l'amour le plus déclaré du modèle. Paris y est représenté, « malgré ses ombres et ses défauts, comme le lieu le plus social et le plus charmant de l'uni-

enfin jusqu'à ce nom Je Tableau même qui n'ait fait fortune, qui n'ait, durant toute une suite d'années, été appliqué à une foule d'ouvrages les plus différents et les plus inégaux : Petit Tableau de Paris, Tableau mouvant de Paris^ par Nougaret (1787), Tableau du Nouveau Palais Royal par Mayeur de Saint-Paul (1788), Nouveau Tableau de Paris (anonyme 1790). Gh. Rémy imprime en 1787 ses Considérations philosophiques pour faire suite aux diférents Tableaux de Paris. Quand il raconte les jours tragiques de 1792, lejournaliste Peltier intitule son livre : Dernier Tableau de Paris. Pour exposer les folies du Directoire, Chaussard compose, sous le pseudonyme de Dicaculus, le Nouveau Diable boiteux, et il écrit au-dessous : Tableau philosophique et moral de Pa m (an VII). Et pour grossir davantage cette liste nous trouvons Encore un Tableau de Paris par Hanrion (an VIII). C'est un titre consacré, un prototype en quelque sorte. Par delà la Révolution et l'Empire, la postérité des imitateurs continue de pulluler. Voici les Tableaux de Paris, de Marlet (1823), Paris, Tableau philosophique et moral, de Fournier- Verneuil (1827), les Nouveaux Tableaux de Paris, de Beauregard (1828) etc., etc.

Néanmoins, ai-je dit, le ca^de^\Ierciejirfîste unique. Relativement aux successeurs qui viennent d'être cités, il demeure ce qu'il était par rapport à ses prédécesseurs. Chez les uns comme chez les autres, on aperçoit des fragments épars de cette image de Paris que lui seul a reproduite dans sa gigantesque intégrité. Il donne une impulsion et qui se prolonge loin ; mais de ceux qui la reçoivent, les uns se bornent à consigner dans une brochure les vues de leur philanthropie personnelle sur quelque point de détail % les autres* appliquent le titre de Tableau de Paris à la peinture d'un événement historique déterminé, d'autres encore le

vers. >> p. 129. Métra fait, aux dépens de Mercier, l'éloge de ce petit livre, plus couaplet dans son raccourci, ose-t-il prétendre, et en même temps plus exactement restreint à son objet que les huit volumes alors publiés du Tableau. « L'auteur a fait ce qu'il a pu pour qu'il ne se trouvât pas une ligne qui ce fût ud trait nécessaire à l'ensemble. » Corr. secr., xv, 393.

1. Assez mal nommé, d'ailleurs, c'est principalement uq recueil d'anecdotes où il y eu a beaucoup de fastidieuses.

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