Fournier-Verneuil
tout ce que Mercier a fait tenir dans le Tableau de Paris, les matières d'Etat avec les galanteries mondaines ou les intérieurs bourgeois, la poésie des souvenirs historiques et le petit manège des industries populaires. Même réduit à lui seul, le chapitre des mœurs, pour nos yeux armés de loupes, s'accroît jusqu'à des dimensions si démesurées que les grands portraits de Paris, dans notre siècle, les plus analogues au Tableau de Mercier, ce n'est plus un auteur unique, c'est toute une société d'écrivains qui les compose. Ainsi du Livre des Cent et Un, en quinze volumes (1831-34), ainsi du Nouveau Tableau de Paris au XIX^ siècle, qui en compte sept (1834-35), ainsi des Français peints par euxmêmes, où Paris en occupe cinq (1840-42). Et c'est encore à un travail de collaboration que l'on doit même tel ouvrage plus court, la Grande Ville, nouveau Tableau de Paris, par Paul de Kock, Balzac, Alex. Dumas, F. Soulié, etc. (1842- 43), ou Paris et les Parisiens au XI X" siècle, par A. Dumas Th. Gautier, Arsène Houssaye, etc. (1856). Les peintres ne font point défaut au modèle, mais c'est le modèle qui, de plus en plus, se dérobe aux prises d'un seul peintre. 11 y a un moment d'élection pour certaines œuvres, avant lequel il ne s^est point encore trouvé de cerveau pour les concevoir, passé lequel les circonstances en contrarient l'entreprise. C'est pour avoir trouvé à ce moment la pensée capable de le réaliser que le Tableau de Paris existe et qu'il est unique.
Dans l'intention de Mercier, la France devait avoir son tour après sa capitale. Il en courait déjà les grandes routes, se recommandant à la vigilance de la maréchaussée tutélaire, et, à la date de 1788, il promettait de commencer six ans plus tard la publication de ce nouvel ouvrage'. Six ans plus tard, ce fut 1794. On comprend de reste que le projet n'ait pas eu de suite. Il semble aussi que l'idée de faire un tableau de Versailles lui ait un instant traversé l'esprit. C'est ce que ferait croire un brouillon de préface retrouvé dans ses papiers, où il appuie avec force sur une