‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 430 sur 521 · T. de P., IX · texte numérisé non relu

T. de P., IX

de ses plus chères convictions : « J'ai la satire en horreur... Je pense que la satire est un mal, qu'elle ne corrige personne, qu'elle irrite, qu'elle endurcit, qu'elle détourne'... >> Et il déclare n'avoir pour objet que d'exprimer des vérités générales et de les faire parvenir jusqu'au souverain. Mais un autre dessein lui tenait surtout au comr. Le Tableau de Paris appelait une contre-partie. L'instruction morale que Mercier s'était proposé d'en tirer, c'est par la comparaison d'une autre société, d'une autre race d'hommes qu'il entendait l'achever, d'une société et d'une race à la fois distinctes des nôtres et dignes d'être citées en exemple.

Où les chercher? On le devine sans peine. « Paris règne encore en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Hollande. Le cabinet de France y commande de toutes parts... Mais le pays qui s'est le plus garanti des mœurs de la France et qui a mis sa force et sa gloire à lui résister, à s'opposer à toutes ses idées, c'est l'Angleterre" », l'Angleterre qui, dans tous ses ouvrages, ne cesse de hanter Mercier, l'Angleterre à qui il doit tant d'inspirations et de directions diverses, dont il allègue d'instinct les idées et les mœurs comme autant de censures pour tout ce qu'il rencontre de répréhensible dans son propre pays, l'Angleterre enfin qu'il rêve de réconcilier avec la France. C'est à leur grand dommage réciproque, pense-t-il, que deux nations faites pour l'emporter par leur accord sur toutes les autres vivent en état de défiance et d'hostilité. <i Si l'Anglais et le Français, par un plus fréquent commerce et par l'épreuve mutuelle de leur caractère, pouvaient affaiblir cette ancienne jalousie qui les a aveuglés jusqu'ici sur leurs vrais intérêts, s'ils voulaient respirer dans une concorde parfaite et dans l'oubli de toute disparité d'opinions, ils sentiraient bientôt que leur antipathie n'est ni fondée ni réelle, qu'elle peut s'évanouir aisément et qu'ils sont plutôt nés pour mêler et accroître leurs lumières et, s'il faut se permettre l'expression, pour jouir de leur supériorité naturelle sur les autres nations de l'Europe. Cette alliance, si plausible aux yeux du philosophe et secrètement désirée par quelques politiques à vue profonde et élevée, verserait des deux côtés l'instruction, l'abondance et

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