‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 431 sur 521 · T. de P., XI · texte numérisé non relu

T. de P., XI

l'exemple salutaire des plus heureuses innovations'. » Ces idées n'étaient pas fort en faveur à la vérité. Le ressentiment héréditaire et les souvenirs de 1763 avaient, pour leur bonne part^ contribué à rendre tout Paris insurgent. Par une tradition presque constante, non moins que par l'effet des exigences accidentelles du système autrichieU;, le Cabinet de Versailles suivait une politique opposée à celle de l'Angleterre. Et si cette politique, par ailleurs, répugnait fort au sentiment public, en ce point, toutefois, elle lui donnait satisfaction. Presque unanimement tournée contre Vienne, ce n'est pas pour cela du côté de Londres que l'opinion se laissait gagner. Tout ce qui se piquait d'un jugement libre avait les yeux fixés sur Berlin ; et, à rencontre de l'alliance en vigueur que chacun abhorrait, c'est l'entente avec la Prusse qui servait de ralliement, de lien commun favori à tout l'esprit d'opposition. Là-dessus, les gens de cabinet &'en tenaient aux profondes combinaisons de Favier et, en les vulgarisant sous le couvert de son fameux livre, Raynal avait fait l'éducation de la foule. Tout se résumait à s'appuyer sur la Prusse pour abaisser l'Angleterre et reprendre la prépondérance en Europe.

Mercier pourtant n'avait pas tort de dire que quelques politiques à vue profonde et élevée pensaient comme lui. Reconquis depuis peu à lui-même, quand Mirabeau consacrait les loisirs d'une obscurité relative à méditer sur la constitution de l'Europe, il se prononçait très nettement, ainsi qu'on le voit dans ses lettres à ses amis d'Allemagne, pour un accord intime de la France et de l'Angleterre. Et les mêmes principes dirigeront en 1792 le coup d'essai diplomatique de Talleyrand'.

Mais, avant de s'entendre, l'essentiel est de se connaître. Et justement, dans ce temps, des communications croissantes entre les deux peuples tendaient à les instruire davantage l'un sur le compte de l'autre. Dès longtemps Londres recelait dans ses bouges ce qu'il y avait de plus compromis parmi les gens de plume français. Ils y gagnaient leur vie en composant de venimeux pamphlets, et c'est dans un de ces repaires que Beaumarchais avait signalé ses

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