Annales, ii
3. Combien, d'ailleurs, ne s'humanisait-il pas dans la pratique ! Le passage que voici est encore à noter : « Paris rassemble assez communément tous les états dans les différentes sociétés. Le roturier mange à la table du grand et il n'y a que le noble d'hier qui s'en offense. » Paris en miniature, p. 7o.
doivent assister à la fête '. » Moore, pour sa part, n'en revient pas. Les gens de lettres sont l'objet des traitements les plus flatteurs dans les plus nobles compagnies. « Leurs décisions font non seulement la réputation des livres d'art et de science, mais elles influent même considérablement sur les mœurs et la façon de penser des gens en place, sur celles du public, en général, et ne laissent pas par conséquent d'avoir quelque part aux mesures du gouvernement. » En retour, leurs hôtes de qualité leur communiquent politesse, aisance et belles manières, si bien « qu'à Paris, les pédants de Molière n'existent plus qu'au théâtre* ». Ne serait-ce pas peut-être qu'il y a plus d'un remède ou, si l'on veut, plus d'un palliatif à l'inégalité? « Je suis convaincu, dit encore le même voyageur, que, nulle part en Europe, la faveur du souverain, la naissance, la fortune et la profession des armes ne font jouir de prérogatives aussi marquées qu'en France et que nulle part on n'en abuse moins pour faire sentir sa supériorité et traiter durement ses inférieurs*. »
Mais voici qui ne prête pas à de moindres objections. Mercier s'est scandalisé de la façon dont ses compatriotes entendent le royalisme :ils le poussent jusqu'au délire et jusqu'à l'éblouissement. A la bonne heure les Anglais : ceux-là ne se font pas une idée démesurée des choses; le souverain, l'homme investi de la plus haute magistrature nationale, ne leur inspire que les sentiments fort tempérés et rassis qui conviennent. Et il est bien vrai, au reste, que les deux peuples, sur ce sujet, ne réussissaient pas à se comprendre l'un l'autre. Moore observe avec un étonnement sans borne que chaque Français se fait une afi"aire personnelle et un intérêt passionné des moindres choses qui regardent son roi. « S'il mange peu ou beaucoup à dîner, l'habit qu'il porte, le cheval qu'il monte, toutes ces particularités fournissent matière à la conversation des assemblées de Paris et sont l'objet le plus intéressant des correspondances de la capitale avec les villes de province. » Cet attachement s'étend à toutes les branches de la famille royale. On considère les princes comme investis d'un droit héréditaire à toutes les