‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 439 sur 521 · Ibid · texte numérisé non relu

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jouissances de l'humanité. Pour le moindre contre-temps on crie à l'injustice, il semble que l'ordre universel soit interrompu. Moore assiste à une revue de la maison du roi. (' Ceux des spectateurs à portée de voir Sa Majesté ne font aucune attention aux manœuvres des troupes, leurs yeux sont constamment fixés sur le prince. Avez-vous vu le roi?... Tenez. — Ah! voilàle roi ! — Le roi rit. — Il faut qu'il soit content. — J'en suis charmé. — Ah! il tousse! — A-t-il toussé? — Oui, parbleu ! et bien fort — J'en suis au désespoir. — A la messe, c'est le roi, et non le prêtre, qui est l'objet de l'attention publique'. »

Témoignage piquant à recueillir, on en conviendra, si l'on songe que les observations de Moore datent de 1765, c'est-à-dire d'une époque où nous ne nous figurions décidément pas Louis XV si populaire. Des esprits ainsi tournés ne comprennent rien aux façons de sentir que les Anglais apportent en pareille matière. Un de ces derniers expose-til à des bourgeois de Paris les avantages de la constitution anglaise, les garanties que la classe moyenne s'est assurées contre le crédit des courtisans, les prérogatives des Communes, c'est-à-dire des bourgeois, en matière d'impôt, l'impuissance où est le souverain d'attenter à la liberté du moindre de ses sujets qui pourrait en exiger réparation en justice, voici en quels termes se résume l'opinion des Parisiens. « Tout ce que je vois, répond Fun d'eux, c'est que votre pauvre roi est bien à plaindre *. » C'est qu'ils sont fiers des armées, des palais, des jardins de la couronne et de tout l'appareil de la puissance royale, comme un Anglais le serait de sa propre maison. L'idée que la cour de France est la plus brillante de l'Europe les dédommage de bien des choses. « Un Français, pour établir la dignité supérieure de son pays, s'étend sur la grandeur de son souverain. » L'Anglais, sur la liberté, la sécurité et les droits dont il jouit. Les Français se font honneur et supériorité de leur attachement et de leur fidélité au prince, même quand celui-ci franchit les bornes de la modération, et la seule idée d'un attentat sans exemple comme celui dont l'infortuné Charles I«" a été victime les remplit d'une horreur indicible. De cette division, il arrive que les Anglais méprisent leurs

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