‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 444 sur 521 · Corr. litt., xiv · texte numérisé non relu

Corr. litt., xiv

de chez Nicolet, le s"" Salé et le s'" Visage, s'enrichissaient à divertir, en même temps que les décrotteurs et les marchandes de pommes, les habitués de petites loges qui n'étaient que trop achalandées \ C'était, il faut l'avouer, se commettre en étrange compagnie, mais ne sied-il point au moraliste d'être intrépide ? et où veut-on, après tout, qu'il trouvât besogne plus urgente à remplir et meilleure occasion d'employer son zèle? Ce qu'il y a de certain, c'est que la Brouette y fut accueillie à merveille, représentée très souvent et que Jenneval y tint aussi sa place. Les défenseurs du vrai goût pouvaient bien faire les renchéris à propos d'un succès digne de tréteaux si abjects et il suffisait à leur cause que justice fût faite d'un art dramatique exclu des scènes respectables. Mais c'est une consolation qui allait leur manquer. A défaut de la troupe française, la troupe italienne des comédiens du roi adopta Mercier.

Les auteurs qui s'étaient mal trouvés de leurs relations avec la Comédie-Française n'avaient rien tant à cœur, on le sait déjà, que d'en voir abolir le monopole. Dès 1772, Cailhava, dans son Art de la Comédie, avait demandé avec instance l'établissement d'un second Théâtre-Français', et nous avons vu aussi que Mercier s'était prononcé pour la même réforme. Un commencement de satisfaction leur fut donné. Le genre italien, l'arlequinade, perdant de plus en plus la faveur du public, il fut décidé, à l'automne de 1779, de le retrancher des attributions de la Comédie-italienne qui était expressément réduite depuis 1762 à le cumuler avec celui de l'opéra-Comique. Ne gardant du passé que son nom, elle rompit tout à fait avec les farces d'origine étrangère auxquelles elle le devait, et à son répertoire de pièces musicales elle fut autorisée à joindre des comédies et des parodies. Seule, la tragédie lui demeurait interdite, mais elle rentrait en possession des œuvres françaises du second ordre, des productions de Marivaux et de Boissy,

1. Le Chroniqueur désœuvré ou VEspion du Boulevard du Temple, 1782, I, 61.

2. S'il faut eu croire ce mauvais plaisant de Griiuod de la Reyuière, voici quelle serait l'origiue, assez bouffouue, de la querelle. Ayant soumis une de ses pièces au suffrage de Préville, Cailhava l'aurait retrouvée dans la cuisine du comédien sur un tas d'épluchures. Journ. fielv., avril 1781, p. 56.

par exemple, qui avaient contribué à sa fortune avant la petite révolution de 1762. Cette réforme fut l'objet de lettres patentes du 31 mars 1780 par lesquelles on entendait accorder aux sollicitations du public le second Théâtre-Français qu'il réclamait*. A la rentrée de Pâques, l'acteur chargé du compliment d'usage, le s'' Raymond*, fit connaître en ces termes la nouvelle décision de l'autorité : « Un champ vaste et fertile nous est ouvert, les bornes des talents sont reculées, tous les genres nous appartiennent et, depuis le drame pathétique, fils naturel de Melpomène, jusqu'au vaudeville, joyeux enfant de la gaîté française, chacun va contribuer à la variété de vos plaisirs. Un second théâtre français s'élève : Delisle, Marivaux, Boissy, vous allez revivre sur notre scène. Thalie, qui n'osait reparaître en ces lieux que sous les auspices de la déesse de l'Harmonie, rentre aujourd'hui dans son domaine et reprend ses droits primitifs : sans briser le lien qui l'unit à la muse lyrique, elle pourra régner encore par elle-même ^ »

Hardie à sa manière, cette tentative d'affranchissement de l'art dramatique paraissait pourtant à de plus difficiles une bien maigre concession. Le même Rochon de Chabannes qui s'était, on s'en souvient, signalé parmi les plus rebelles à un accommodement entre auteurs et acteurs, prit occasion d'une réforme jugée par lui trop timide pour exposer dans une brochure* les mécomptes et les vœux des auteurs déçus. n rappelaient que ceux-ci avaient tous senti « la nécessité d'un second spectacle et l'insuffisance des mesures qu'on pourrait prendre pour faire jouer promptement leurs ouvrages sur un seul théâtre, puisque, dans une de leurs assemblées tenue en 1778, ils avaient opiné par acclamation pour la demande de deux théâtres, en rejetant tout parti

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