‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 445 sur 521 · Journal de Papillon de la Ferlé · texte numérisé non relu

Journal de Papillon de la Ferlé

2. Raymond venait de débuter à ce théâtre le 14 décembre 1779 par le rôle de Dorante du Jeu de V Amour et du Hasard. Sa femme, qui en fît également partie et qui excella notamment dans le rôle de Roxelane des Trois Sultanes, était une fille naturelle de M'i^ Piuet dite d'Epinay, devenue femme légitime de Mole. Il s'établit entre M^^ Raymond et son beau-père Mole une liaison notoire. Campardon, Les Comédiens du roi de la Troupe Italienne. Berger-Levrault, 1880, u, 69.

3. Journal de Paris, 5 avril 1780. L'auteur présumé du compliment était Favart.

4. Observations sur lu nécessité d'un second théâtre français, 1780.

mixte et tous projets illusoires d'accommodement. » Mais le changement de régime de la Comédie-Italienne faisait-il vraiment droit à leur requête? Non : la disparité demeurait énorme entre les deux scènes. D'abord, un genre tout entier, la tragédie, restait interdit à la nouvelle venue'. Puis, en comparaison de l'opulent répertoire du Théâtre-Français, quelle était la part de son émule? « Une quarantaine de pièces en un, deux ou trois actes, pièces encore du second et troisième ordre tout au plus, pas une comédie de caractère, pas un rôle marqué qui pût former de bons acteurs ou en inviter à se présenter à ce théâtre. » Dans le double intérêt de ceux qui écrivent et de ceux qui jouent, il n'y avait qu'un parti efficace à prendre : égalité absolue de droits et partage intégral du répertoire entre les deux théâtres. Pour les stimuler l'un et l'autre, pour les intéresser à leur prospérité mutuelle, Rochon émettait l'avis qu'on ne fit qu'une caisse des deux recettes. A ce prix, par la libre et loyale concurrence de deux troupes munies de ressources égales, la voie cesserait d'être barrée aux auteurs, réduits à se consumer dans une attente sans fin, et aux acteurs, évincés sans merci par un petit nombre de chefs d'emploi. Bien entendu, moyennant cet arrangement, les théâtres des Boulevards perdaient toute raison d'être, il ne fallait plus les souffrir que dans les limites des foires*. Raisonnement trop familier aux tenants de tous les partis : a-t-on ruiné le privilège dont on pâtissait, c'est pour constituer en un autre privilège non moins jaloux l'affranchissement obtenu.

Les intransigeants ne se contentent pas à moins du gain total de leur cause, mais par bonheur la foule est moins ambitieuse. Les petits progrès ne la trouvent pas indifférente. Elle le témoigna à la Comédie-Italienne métamorphosée. Celle-ci eut même la bonne fortune de gagner des adhérents parmi la race redoutable des vieux amateurs,

1. La Gabrielle d'Eslrées de Sauvigny avait été jouée à Versailles, comme tragédie, eu 1178. La Comédie-Italieane ayant voulu la représenter eu 1783, il fallut au préalable eu transformer la conclusion. On en fit une pièce dramatique, c'est-à-dire que l'héroïne ne mourut plus au dénouement et, à cette condition, les privilèges de la Comédie- Française furent saufs. Journal de Paris, 26 novembre 1783.

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