‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 446 sur 521 · Amiée littéraire, 1780, ii · texte numérisé non relu

Amiée littéraire, 1780, ii

ceux qui professaient le dogme de l'unité de Théâtre et pour qui, en dehors du parterre des Français, il n'était point de salut. L'un deux, un certain baron de V., adressa au Journal de Paris une solennelle rétractation de sa foi passée. Il se sentait converti à la doctrine de la dualité, « Le Théâtre- Italien, déclarait-il, peut réaliser nos espérances pour un second théâtre si les bons acteurs qui y sont déjà continuent de s'occuper sans relâche à augmenter leur répertoire. Puisse mon exemple engager ceux qui ne seraient pas convaincus à suspendre leur jugement et à suivre la représentation nouvelle des pièces du Théâtre-Italien M »

Le principal embarras était la pauvreté du fonds à exploiter, mais rien de plus favorable précisément, et quoi qu'en pensât Rochon de Chabannes, aux auteurs en peine de placer leurs pièces. On en prit de toutes mains. L'activité fiévreuse de la Comédie-Italienne et le grand nombre d'ouvrages nouveaux qu'elle monta ne tardèrent point à passer à l'état de lieu commun dans la presse du temps. Comme il lui fallait aller aux provisions et que toutes ne lui étaient pas permises, elle se rabattit avidement sur ce qu'on lui laissait et l'exclusion forcée de la tragédie tourna au profit du drame. Mercier compta sur-le-champ parmi les plus solides espérances de ce théâtre besoigneux. C'était une singulière fortune que d'avoir affaire à un écrivain aussi fécond. Il fut des premiers mis à contribution, mais^ par une assez malheureuse inspiration, ce n'est pas aux ouvrages déjà connus, déjà représentés, qu'on recourut.

La première pièce de Mercier qui parut sur la scène de la Comédie-Italienne, le mardi 23 mai 1780, était nouvelle et n'était point un drame, mais une comédie assujettie au plus pur respect de la tradition^ la Demande imprévue, imitée du Valet menteur de Garrick, qui, lui-même, avait pris son sujet dans une autre comédie d'Hauteroche, le Souper mal apprêté, totalement oubliée, du reste, et que Mercier déclare n'avoir pas connue. Voici, au surplus, en quels termes il s'excuse d'avoir donné ce petit ouvrage : « Cette bagatelle fut écrite l'an passé et très rapidement, à l'occasion du rétablissement de la comédie française sur le Théâtre-Italien. On demandait une comédie de pur amusement, analogue

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