Journal de Paris, S août
surtout au goût local, et qui satisfît les amateurs de l'ancien genre, encore très nombreux. Hasarder une pièce sentimentale ou patliôtique eût été sur ce théâtre un passage trop brusque ; il m'a fallu obéir aux circonstances qui ne m'ont pas laissé la liberté du choix'. » 11 se flattait, du reste, de s'être, par maints accroissements de son fonds, bien réellement approprié la matière traitée. Mais il n'en eut pas davantage à se louer d'avoir débuté devant le public d'un grand théâtre par une dérogation à sa doctrine. Faut-il croire que « le nom de l'auteur avait dû le rendre exigeant*? » En tout cas, on ne parut pas s'apercevoir qu'il ne tenait qu'à M. Mercier, comme le prétendit un critique d'humeur bénigne, de faire rire les spectateurs qu'il avait fait pleurer jusque-là'. Le Mercure constate que cette comédie ne fut applaudie que dans le premier acte et reçue très froidement dans le cours des deux derniers*. Il ajoute quelques paroles obligeantes sur des coupures propres à la sauver. Elle ne se releva point de sa chute. L'auteur la retira sur-le-champ, au grand scandale de Grimod de la Raynière, son ami très chaud. Celui-ci se récriait sur l'injustice de l'auditoire qui avait dédaigné les meilleurs endroits. Mais en vain l'adjura-t-il de se raviser *. La reprise qu'il annonçait ne vint point et la première représentation demeura unique.
« Dans la Demande imprévue, écrivent les continuateurs de Bachaumont, M. Mercier avait voulu faire voir qu'il savait sortir du noir de la dramaturgie et manier les pinceaux les plus agréables et les plus riants de Thalie. On ne peut nier qu'il n'y ait quelque gaîté dans son ouvrage, quelque goût de Tantique dans sa manière de mettre enjeu les valets et d'en faire les ressorts de son intrigue, mais non dans la manière de les faire dialoguer, de leur donner le langage précieux et affecté des petits-maitres. Du reste, petits moyens, pitoyable imbroglio, dissertations à perte de vue, portraits déplacés et dénouement romanesque et trivial*. » De fait, c'est aux inventions les plus surannées du vieil art comique que