Mém. secr., xx
une pièce dont une expérience personnelle lui avait déjà appris le succès et oii il fit véritablement sensation*.
Mercier n'eut pas à la Comédie-Ilalienue d'avocat plus chaleureux, plus constant que Granger qui épousa et fît sienne la fortune du dramaturge. C'est encore à son instigation, à l'épreuve qu'il en avait également faite à Bordeaux que YIndigent dut de paraître à son tour sur la même scène. Il y réussit avec moins d'éclat peut-être que le Déserteur, mais ne laissa pas d'avoir quatorze représentations dans sa nouveauté, du 22 novembre 1782 au 31 janvier 1783, et de se maintenir comme ses devanciers au répertoire. On a vu plus haut quel accueil flatteur ce drame reçut de la critique : quelques-uns trouvèrent bien l'intrigue trop romanesque, jugèrent que Mercier n'imitait point exactement le langage des jeunes débauchés à la mode, lui reprochèrent d'abuser de la morale et de faire de trop longs plaidoyers *. Surtout certaines allures j ugées libres à l'excès offensaient le goût du temps. « On n'a pas trouvé que le séducteur mît assez d'art dans son langage et dans sa conduite envers la jeune personne : la manière peu délicate ou même grossière et tyrannique dont il s'y prend pour lui enlever tout moyen de défense a révolté un grand nombre de spectateurs ^ » Les péripéties trop hardies pouvaient aussi éveiller quelques craintes. On se demandait comment le parterre prendrait la scène oîi Tinnocente Charlotte, enfermée avec de Lys, se saisit d'un fusil et en tire un coup qui fait accourir toute la maison. Mais il fut bon prince et le coup de théâtre ne souleva point de protestations. Que tout cela, d'ailleurs, était peu de chose au prix de tant de douces larmes qu'on trouvait à répandre ! Un séducteur confondu et converti, un notaire vertueux, persuasif et sauveur, nul ne put résister à cela. « Je n'ai, écrit un spectateur, versé de ma vie larmes plus délicieuses que celles que m'ont fait répandre quelques scènes de V Indigente » La pièce, d'ail-