‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 466 sur 521 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

SA VIK, SON œUVRE, SON TEMPS 7H

de Gouges, fit à sa beauté une réputation aussi certaine que profitable. Puis ce fut le tour de l'esprit. On vit alors une belle métamorphose. La trentaine dépassée, cette jolie tête, bouillante, elle aussi, comme il convenait à un aussi riche naturel, parut soudain en mal d'invention. Des phrases en jaillirent qui prirent d'elle-mêmes la forme d'un, puis de plusieurs drames, Zamore et Mirza, VHeureux Naufrage, V Homme géncneux, le Philosophe corrigé, etc. Le premier de ceux-ci, lu et reçu à la Comédie en 1784, se vit oublié dans les cartons d'où l'on eut, d'ailleurs, bien tort de le tirer, comme l'événement le prouva quand il fut représenté en décembre 1789, sous le titre de V Esclavage des Nègres. L'auteur se démenait, sollicitait les gens de lettres, les attirait auprès de sa personne. « Elle avait des vapeurs lorsque, dans le monde, elle ne se voyait pas environnée d'auteurs et d'académiciens, non pas pour se laisser instruire par eux, mais pour en être entourée, pour jeter sur eux son éclat. Elle voulait les avoir k peu près comme un monarque a des gardes du corps '. » Plusieurs lui furent serviables. p:ile connut Suard, Cubières, Palissot, Lemierre. On a une lettre flatteuse que lui écrivit plus tard Bernardin de Saint- Pierre. A la tête de sa cohorte, elle eût voulu surtout placer Beaumarchais qui se déroba. La flatterie y fut superflue. Une pièce qu'on lui soumit, le Mariage inattendu de Chérubin, était comme une manière de lui payer tribut. Mais il ne se gêna pas pour la trouver détestable, donnant ainsi, au jugement d'Olympe, une preuve de sa basse jalousie.

En Mercier, au contraire, elle trouva tout de suite son homme. Combien elle avait de quoi lui plaire ! D'abord, elle n'était pomt du tout grammairienne, cette enfant de la nature, ce sauvageon que nulle culture littéraire n'avait déformé, et c'est de quoi elle persistait à se vouloir préserver. Rappelons le trait cité plus haut : s'il lui fallait un cortège de gens de lettres, ne pensez pas qu'elle « se laissât instruire. » Ne prétendait-elle pas, en 1790 encore, « savoir à peine épeler le français? » Donc, une autodidacte qui prétendait n'écrire qu'à sa guise, une rebelle selon le cœur de Mercier. Puis elle faisait des drames et, comme lui, les remplissait de sentiments généreux, compatissants, humains.

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