Ibid., 14 août
4. Ersch, dans sa France dramatique, veut même que ce soit lui qui l'ait publiée. A lui seul, ce témoiguagne ne suffit peut-être pas, car le même bibliographe attribue à notre auteur plus d'un écrit auquel il n'a aucune part. D'un autre côté, si l'on considère la traduction dont il s'agit, on voit qu'elle nous est donnée pour l'œuvre d'un Français qui ne se nomme pas (Gacault, d'après Quérard), et qu'elle est revue, corrigée et publiée par M. Junker, premier professeur de droit public à l'Ecole royale militaire, dont le nom figure seul, soit dans le privilège du roi, soit dans l'approbation du censeur. Le livre n'a pas d'annotations, ni de préface, sauf quelques lignes d'avant-propos pour faire connaître que Lessing était fortement attaché aux principes d'Aristote. Si Mercier n'a ni traduit (il en était incapable), ni commenté, ni publié la Dramaturgie, où donc est son rôle en cette affaire?
rences*? Et n'eut-il pas sujet de rire quand il put lire dans les pages de V Année Littéraire, cette vieille ennemie, un éloge des mêmes idées qu'elle avait si violemment censurées chez lui, mais qui lui paraissaient fort dignes de considération chez l'auteur allemand, puisqu'Aristote était de la partie. Voici le passage qui ne laisse pas d'être divertissant. A propos de l'endroit où Lessing dit que notre théâtre, que nous regardons comme parfait, est dans l'enfance, le journaliste ajoute : « Quand l'auteur de la Brouette du Vinaigrier disait à peu près la même chose, on se contentait de rire et de hausser les épaules. Ses drames infortunés qui commençaient à moisir dans la boutique du libraire* ne prévenaient pas en faveur de ses paradoxes. Mais un homme du mérite de I\I. Lessing mérite d'autant plus d'égards qu'il appuie son sentiment de principes solides puisés dans la nature même de l'art et dans la poétique d'Aristote^, »
Cette époque est la plus prospère de la vie de Mercier, Bien éloignées de s'assoupir dans la silencieuse autorité acquise aux lieux communs, ses idées gardaient l'humeur et la fièvre du combat, mais elles avaient remporté quelque honneur à tenirbon; et s'il s'en fallait, d'ailleurs, qu'on leur eût rendu les armes, si la victoire demeurait disputée, du moins la disputaient-elles, en effets au lieu d'encourir les risées de la déroute. Ses pièces se répandaient, réussissaient, lui-même apprenait à goûter les douceurs de la popularité personnelle. Un jour qu'il se trouvait de passage à Rouen, « les comédiens de cette ville, informés que M. Mercier devait y faire un petit séjour, se sont empressés, lisons-nous, de rendre hommage aux talents de cet homme de lettres estimable en représentant devant lui deux de ses drames qui sont le plus en possession de plaire au public. Vendredi dernier, 3 du courant, Vlndigent avait attiré une brillante assemblée. A la fin de la pièce le pubhc a demandé l'auteur avec le plus vif empressement. Le s' Bérard vint annoncer que M. Mercier était assis parmi les spectateurs. Les
1. La Dramatwgie (1"68) avait précédé le Nouvet Essai (1773). Mais le bénéfice de l'aotériorité n'en revenait pas moins, en fait, à Mercier qui, écrivant sans connaître Lessing, avait été lu à Paris longtemps avant lui.
2. 11 faut avouer que cette médiocre facétie tombait plus mal que jamais en 1785.