Di^ame de la Vie, v
4. Celui-ci leur fait même jouer un rôle fâcheux dans son roman de la Femme Infidèle.
mière place parmi les auteurs vivants; c'est Lavater, le plus pieux et le plus candide des hommes qui, à son tour, proclame Restif le Richardson des Français; c'est toute la Suisse enfin, la Suisse du xviii^ siècle qu'on ne peut guère taxer de corruption littéraire, et qui lit avec passion, qui place très haut les œuvres du fécond romancier*.
Les idées en faveur ont ce privilège de faire tout passer à qui les professe et les flatte. Restif étant homme sensible et écrivain sensible, la sensibilité lui tint lieu de toutes les vertus, comme le civisme à maint personnage de la révolution. Sous ce travestissement flatteur, sa sensualité parut fort honnête personne, et, grâce à l'optique du temps, il réussit auprès des âmes austères par cela même qui aurait dû, croirions-nous, les éloigner de lui. Elles prirent le change de bonne foi, et ce fut le sens moral qui les conquit à Restif.
Moins qu'un autre, l'enthousiaste Mercier était homme à se garantir de la séduction. Or, une fois gagné par la conscience, mille affinités de nature devaient, par ailleurs, achever de le mettre à la merci de Restif. Qu'est-ce, en etfet, qui lui était apparu avec ce Paysan Perverti dont on se rappelle qu'il avait reçu comme le choc d'une révélation décisive? « Des peintures frappantes, des caractères fièrement dessinés, une connaissance profonde des mœurs de la capitale,... une énergie eff'rayante,... un aspect moral sous une forme quelquefois hideuse* », bref, utilité dans le dessein, puissance dans l'imagination et liberté dans l'exécution, ce qui revient à dire précisément le genre de talent et le genre de mérite que Mercier attendait et réclamait de toute littérature, qu'il s'irritait de ne pas rencontrer assez souvent autour de lui et qui constituaient à ses yeux l'excellence même de l'art d'écrire. Tout à la joie de la découverte, nous avons vu sur quel ton il l'avait célébrée dans le Journal des Darnes, d'abord, ensuite dans le Tableau de Paris, s'indignant qu'on n'eût pas fait assez d'accueil au