Ibid., I, 249, 254, 2oo, 2;i6 ii
n'y avoir vu que « l'histoire de la vanité de l'auteur » et « des phrases faites pour soutenir sa réputation d'écrivain et non pour montrer l'homme à découvert ». La critique ne laisse pas de toucher juste à l'occasion : ainsi l'invocation lui parait « d'une audace extravagante ». Tout le desscinde l'ouvrage accuse l'amour-propre de l'auteur. « A chaque page il tlatte, il caresse son orgueil; il m'entretient de ses amours et c'est uniquement pour me faire remarquer combien il était séduisant Je ne saurais dire combien le
livre m'a déplu moralement par là'. » Mercier suspecte ici la bonne foi de Rousseau au point de prétendre que plusieurs incidents des Confessions doivent être pris au figuré. Il nie l'histoire des enfants mis à l'hôpital. Jean-Jacques n'en a pas eu et s'est proposé de faire la parabole du sage aux prises avec le malheur, avec les mauvaises actions qui en proviennent. Parabole aussi que l'épisode du ruban volé et de la servante faussement accusée. Il s'agit de peindre la force du remords que quarante années ne réussissent pas à étouffer. Bref, il a plu à ce grand écrivain de se peindre sous des traits imaginaires pour jeter la postérité dans des controverses et l'occuper de son nom. Ces Confessions, Mercier n'hésite pas à déclarer qu'il les voudrait « anéantir' », et ce nous sera un exemple de plus de l'insensibilité qu'il garde envers le beau, dès que la morale y trouve à redire.
Mais la clairvoyance, elle non plus, si rigoureusement qu'elle s'exerce, ne fait point tort au culte qu'il voua toute sa vie à l'auteur d'Emile. C'est dans un sentiment de piété profonde qu'il s'associa en 1788 avec l'abbé Brizard pour donner au public la première édition des œuvres complètes de Rousseau et qu'un peu plus tard, en 1791, il consacra à ce grand inspirateur de sa pensée un panégyrique en deux volumes où il honorait en lui le précurseur de la révolution. J'ai fait à cet ouvrage bien des emprunts déjà. En voici un dernier extrait qui résume les titres du maître à la vénération du disciple. Rousseau « a toujours respecté l'homme, lui a toujours dit de se respecter lui-même, de songer qu'il portait dans son sein une âme immortelle; il lui a montré dans