‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 486 sur 521 · iV. de P., XIV · texte numérisé non relu

iV. de P., XIV

et leur connaissance parfaite de notre langue; on y voyait aussi le jeune prince de Gonzague-Castiglione, philosophe et sensible, l'Anglais Robinson, le comte Arconati qui était allé jusqu'en Laponie, le marquis de Lagrange et Papillon de La Ferté, versés dans tous les menus secrets de la cour de Louis XV'^ et de celle de Louis XVI, où ils avaient passé leur vie'.

Tout ce monde menait un grand train de conversation, et Mercier n'était pas de ceux que l'on écoutait le moins volontiers. Il y a plaisir à se le représenter, tel que les Mémoires de Fleuri/ le dépeignent, avec sa belle physionomie et son regard fin, parlant d'une voix large et pleine, trouvant dans la chaleur du discours des termes éloquents et d'une rare énergie. Car on remarquait chez lui cette particularité : « il parlait comme lorsqu'on écrit bien et il écrivait comme lorsqu'on parle mal. » Un léger défaut de prononciation ajoutait encore à l'originalité de son langage. Le côté droit de sa bouche était plus lent à se mouvoir que le gauche, et la lèvre inférieure avait une action plus rapide que la supérieure, « Quand il poussait le son, cet appareil commençait à bruire comme pour hennir, et lorsque la parole devenait distincte, on aurait dit qu'il avait mis entre ses dents la pratique des gens qui font parler Polichinelle. » Certaines voyelles contractaient une altération singulière, et lorsque Mercier s'écriait : « Je ne suis pas nourri à Técole des versificators », cette désinence, « ces cinq syllabes qu'il semblait prendre plaisir à broyer au passage, » décuplaient l'énergie de la déclaration^.

Les versificators, à l'heure qu'il était, pourtant, obtenaient de lui quelque trêve. Le cours des événements faisait à la politique une part de plus en plus copieuse. Sur ce sujet particulièrement notre homme ne tarissait pas. C'est le trait distinctif que le Drame de la Vie nous a laissé de son allure. « Voilà notre gros Mercier qui politiquise^ . »

Le temps le voulait ainsi et mettait de plus en plus toutes les préoccupations à l'unisson. C'était, dansées années 1787 et 1788, chaque jour une grosse nouvelle pour échauffer

1. Desnoiresterres, Le Chevalier Dorai, p. 393. Le Dr. de la Vie V, 1194 et suiv.

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