Ibid., H
3. Desnoiresterres, Le Chevalier Dorât, p. 388. Livrée alors, comme toute la France pensante, à la ferveur des plus beaux rêves, Fanny de Beauharnais était une instigatrice active de propagande et de concert. Une lettre du 14 avril 1788, adressée à Mercier par le comte de Sérent, au nom de la Société patriotique et académique de Bretagne,
SA VIE, SON (HlUVIiE, SON TEMPS 759
Quels étaient cependant les principes de celte foi sereine? Voilà que la destinée prenait au mot le philosophe : elle le sommait do commettre, de mesurer avec les laits réels les idées si librement écloses d'une spéculation dont elles avaient jusque là partagé l'encourageante impunité. C'était donc le cas pour Mercier de rédiger lui aussi les cahiers propres de sa pensée, d'y consigner, sous forme d'arrêts motivés et de vieux précis, ses vues sur le passé et sur l'avenir. Ce double examen de sa conscience politique, nous l'avons, en effet. Parvenu aux confins de deux ères, le même homme qui a dressé l'inventaire de l'ancienne civilisation parisienne, s'est proposé de nous donner aussi ses conclusions sur Thistoire antérieure de son pays — dans les Portraits des Rois de France * ; — ses avis sur la manière de mieux faire à l'avenir — dans les Notions claires sur les gouvernements ' — ; et ce n'est assurément pas un effet de son intention si ces ouvrages font plus d'honneur à sa droiture qu'à son expérience, s'il est par dessus tout malaisé de convertir en formules positives des sentiments qui se ramènent en somme à ceci : ni haine du passé, ni défiance de l'avenir.
En dépit des déclamations passionnées dont VAn 2440 regorge contre l'histoire, cette leçon permanente d'immoralité, ce honteux répertoire des crimes et des souffrances de l'humanité, l'histoire toutefois avait de bonne heure et sans cesse sollicité Mercier. On la voit, dans plusieurs drames, mise largement à contribution, notamment dans la Destruction de laLigue,\?i Mort de Louis A'/et le Portrait de Philippe II, que précèdent des compositions oratoires développées. Et c'est, à ce qu'il nous apprend lui-même, « quelques
nous apprend que notre philosophe y avait été admis sous les auspices de cette amie zélée, et au double titre de « vrai patriote » et d'« excellent écrivain ». Papiers de M. Diica.
1.4 vol. iu-8. Neuchâtel, 1783; reproduits et augmentés sous le nom d'Histoire de France, (i vol. in-8. Paris, 1802.
2. 2 vol. in-8. Amsterdam, 1787, refondus avec d'autres morceaux lans les Fragments de Politique et d'Histoire, 3 vol. ia-8. Paris, 1792.
jours après la mort de Louis XV ^ ». qu'il s'était mis à ses Portraits des Rois de France. Cet ouvrage parut à Neuchâtel en 1783: il ne comptait que quatre volumes et s'arrêtait à la régence d'Anne d'Autriche. Plus lard, il fut destiné à représenter, en prenant plus d'étendue, la part de la France dans un vaste recueil où Delisle de Sales avait projeté de rassembler en soixante volumes toute V Histoire des Hommes' . Enfin, Mercier en donna, en 1802, sous le titre à' Histoire de France, une nouvelle édition qui atteignait six volumes et comprenait les xvii^ et xv!!!"^ siècles jusqu'à 1774.
Il y aurait quelque dureté à faire ici application d'une critique trop exacte : on sait où en étaient alors les méthodes historiques, et c'est uniquement sur l'état d'esprit de l'auteur que nous voulons demander des lumières au livre. Aussi ne nous étonnerons-nous pas de certains anachronismes assez naïfs dans l'interprétation des événements les plus reculés. Le juste sentiment des époques manquait encore, et Mercier nous prête un peu à sourire quand, parlant de Charlemagne, il célèbre « ces plaids majestueux où le suffrage libre des peuples donnait force de loi aux capitulaires3, » C'est vraiment reprendre les choses d'un peu haut pour attribuer une généalogie vénérable à des principes qui ne faisaient que naître, mais là était le faible du temps : on s'évertuait du meilleur cœur à interrompre par des arguments candides la prescription d'un prétendu libéralisme originel. Jusque dans le Tableaxi de Paris, ce souci avait hanté Mercier. Sous le titre d'Assertions qui en valent bien d'autres, on y voit, dès le premier chapitre du second volume, que les nautes parisiens, en qui Mercier salue avec orgueil ses aïeux, étaient membres d'une république indépendante et que leurs rapports avec certain chef de horde nommé Clovis ne furent rien de plus qu'une alliance bénévole. Il n'y a pas davantage de difficulté à traiter les missi dominici d' « inspecteurs citoyens », ou à proclamer que « les Croisades portèrent le coup mortel au parlement de la nation*. »
Ce qui nest pas du temps, eu revanche, c'est le généreux effort d'équité intelligente où nous le vr)yons persister en-