‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 495 sur 521 · Préface des Nolio?is claires, xiii, xiv · texte numérisé non relu

Préface des Nolio?is claires, xiii, xiv

Quant aux voies d'exécution, il y est dit que l'opinion publique, dont l'empire va croissant tous les jours, est pourtant fort sujette à errer. Les tètes s'égarent et tombent dans les extrêmes, passent d'un préjugé à un autre. C'est la marque de l'esprit du siècle : il triomphe trop superbement du passé. L'esprit de nouveauté a besoin de critique et de modération. S'il se montre trop peu rétléchi, trop enclin à détruire, la faute en est à l'abus du raisonnement. On eût mieux fait de s'en rapporter de préférence au sentiment qui éclaire davantage. « C'est la vertu qui connaît rapidement et par instinct ce qui doit tourner au profit général'. » Ainsi l'homme d'Etat vertueux, plutôt que le politique habile, saura prendre le vent du siècle.

Ceci posé, et en dépit des courtisans du passé, il y a déjà grand progrès dans la marche au bonheur et il y en aura encore. Tout se perfectionne peu à peu. La théorie devance et annonce la pratique'. On aperçoit fort bien ici et une fois de plus ce curieux mélange d'enthousiasme et de circonspection dont Mercier nous a déjà donné tant d'exemples. Mais puisqu'il nous promet précisément de le convertir en « notions claires », va-t-il peut-être nous énoncer ici son programme personnel de révolution? Ou, du moins, réussirons-nous à dégager quelque chose de semblable de pages où ne manque ni l'ingénieux, ni le solide, ni l'éloquent, mais où l'auteur, selon une trop constante habitude, a négligé l'ordre logique?

Avant d'examiner comment il convient d'améliorer l'institution sociale, il faut, au préalable, avoir un avis sur cette institution sociale en soi. Est-il bon, est-il mauvais à l'homme de vivre en société? Là-dessus Mercier, nous en avons déjà eu maint témoignage, professe une conviction arrêtée. La société et la civilisation sont choses bonnes et conformes aux fins de la nature. On peut regarder cette idée première comme l'assise même de sa foi. En désespoir de rien concéder sur ce point aux doctrines de Rousseau, il prend, pour ne se point trop séparer d'un maître si cher, le parti singulier de le tirer à lui, il fait argument contre le philosophe d'entretiens particuliers où celui-ci rabattait de la roideur de ses principes publiés; il voudrait se persuader à

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