Ibid., préface et avant-propos passim
lui-même comme aux autres que si Rousseau en a tant voulu à la société policée, « c'est qu'il désirait vivement que celle-ci le fût encore davantage », puis enfin, sentant malgré tout la témérité du paradoxe, il se résigne, de guerre lasse, à donner franchement tort à l'écrivain qui a conclu « que l'homme serait plus heureux dans l'état de nature' ».
Cette antinomie prétendue entre l'état de nature et l'état de société ne lui en impose point à lui. « On prête àl'homme primitif ou trop ou trop peu. Tantôt on confond la vie errante des premiers hommes avec celle des brutes, tantôt on accorde aux sauvages une foule de sentiments qui ne naissent que de la société. » Si on les considère tels qu'ils sont, l'exemple des sauvages ne vaut rien. « Us ont perdu les sentiments de la nature, ils ont rétrogradé parce qu'ils n'ont pas su avancer dans la civilisation. » Chez eux « l'homme est absolument opposé à la nature, car il est féroce ou stupide; ses mœurs sont celles d'une bête féroce qui ignore l'usage de la vie et qui la dévoue tout entière à s'enivrer, dormir, massacrer son semblable et digérer son ennemi. L'homme n'est donc jamais si près de la nature que lorsque, s'éloignant de cette affreuse dégradation, il est soumis à des lois, qu'il jouit des arts et des sciences et que, rejetant un instinct farouche, il s'abandonne à son intelligence et à son industrie*. »
Ceci n'est point un acte de foi, une assertion gratuite. N'en déplaise aux amateurs de sophismes, prétendre que le tout de l'homme se réduit à « sauter, à courir, à s'ébattre, à lancer une pierre, à grimper sur un arbre,... à satisfaire ses besoins pour aller ensuite, sans aucun souci, dormir au pied d'un arbre, comme ferait un chien ou un porc^ », ce n'est rien de plus qu'un jeu d'esprit. La preuve que l'homme n'était pas fait pour cet état, c'est qu'il ne s'y est pas tenu, et, comme le mouvement se démontre de lui-même, le fait que l'homme s'est acheminé par la société à la moralité, à la science et à la religion prouve que la société, avec ses diverses conséquences, rentrait dans le plan de sa nature. Loin de rien concéder à l'esprit de négation et de déni-