II
brave la logique et procède au rebours de la raison pure'. Surtout, il faut laisser faire au temps, amener les transitions. « En général, toute loi qui n'aura pas été préparée par l'esprit national ne réussira point et causera des troubles. » Il n'y a pas de haute conception abstraite qui prévaille contre cette vérité. « il faut que des changements insensibles donnent à la législation une courbure particulière*. »
Le moindre mal, en effet, des métamorphoses brusques, c'est que l'intérêt du présent ne soit sacrifié à celui de l'avenir, à quoi il y aurait injustice. On doit songer surtout au bonheur de la génération présente, par conséquent, se résigner, selon les temps, à ne point réaliser le meilleur. Ainsi la grande extension du monachisme est un mal, comme on sait, aux yeux de Mercier. Pourtant les religieux ont adopté leur genre de vie sous la garantie des lois : il faut les laisser achever en paix leur carrière, faire en sorte qu'il y en ait moins au siècle prochain, mais ne pas attenter à des droits présentement acquis'. On s'égare à ne tenir compte que du bien éloigné. Pourquoi précipiter les lois, vouloir être obéi dès le lendemain, en rompant avec les habitudes d'un peuple? La sagesse serait de l'accoutumer peu à peu aux nouveautés désirables. Cela devient surtout évident quand il s'agit de prescriptions nécessaires mais onéreuses. La diversité des lois civiles est certainement préjudiciable à l'intérêt général : ira-t-on redoubler la confusion en bouleversant tout? Telle institution appelée à renouveler la face d'un royaume devrait être publiée dix ans avant de passer dans la pratique. La réforme des poids et mesures, si on l'ordonnait à Timproviste, échouerait contre la résistance d'habitudes anciennes : enl'opérantàlongueéchéance, on y convertirait les esprits. Le temps, encore une fois, est un collaborateur indispensable. Il édifie autant qu'il détruit : d'une main il tient une faux, de l'autre une truelle*.
Rien de plus sensé, on le voit, ni de moins pédantesque. Mercier fait bon marché des mots : il ne croit pas tout conquis dès qu'on substitue un terme à un autre. Au contraire,