‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 509 sur 521 · Notions claires, i, 325; ii · texte numérisé non relu

Notions claires, i, 325; ii

libre propagation des écrits*. Il faut laisser tout dire et tout écrire, il faut savoir tolérer jusqu'aux écrits satiriques, car la liberté de la presse a une vertu bienfaisante qu'aucun abus ne saurait diminuer*. C'est le cas ou jamais de conclure un si fécond accord entre gens d'action et gens de réflexion. Le terme de domination arbitraire n'a jamais été plus en horreur, les pays où les écrivains sont opprimés se voient avilis dans l'opinion, et il faut avouer que depuis qu'on a commencé de rendre à la plume une partie de ce qui lui est dû, le genre humain s'en trouve bien. Jamais il ne s'est versé moins de sang. Mais il reste beaucoup à faire aux philosophes. C'est entre les nations qu'ils auront désormais à interposer leur ministère pour substituer un état de société à l'état de nature qui y règne encore, la sanction d'un droit commun reconnu à la raison du plus fort^

Plus ardue que jamais^ à la vérité, la tâche est plus que jamais aussi impérieuse, ainsi qu'en témoigne l'état de l'Europe dont Mercier recommence ici, après l'avoir tracé ailleurs, un tableau qui, nous l'avons déjà remarqué, n'a fait jusqu'à notre âge que gagner en ressemblance. Chacun des traits en est resté curieux par une fraîcheur qui paraît d'hier, sinon d'aujourd'hui même et promet de ne point subir de sitôt la moindre altération. « Tous ces grands corps militaires qui fatiguent et surchargent aujourd'hui l'Europe,... ces constitutions militaires qui s'irritent réciproquement et qui ruinent l'État en enlevant à la population la plus belle espèce d'hommes, la tactique et ses manœuvres savamment meurtrières, cette quantité horrible d'artillerie, ces puissances qui traînent avec elles jusqu'à deux et trois cents pièces de canon, les frontières des Etats hérissées de forteresses,... des armées immenses, un attirail et des embarras plus immenses, les mathématiques prêtant leurs lumières à l'infernale science de la guerre^ », voilà le fléau contre lequel des* générations de philosophes

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