F?', de pol. et d'hist., n
versel et moins borné que nos connaissances. Il aurait eu moins de sagacité qu'un Ximenès, qu'un Alberoni, mais aussi il eût été sujet à moins d'erreurs, l'instinct l'aurait guidé, comme il a guidé Louis XII et Henri IV. Il faut du génie dans les États naissants ou sur le point absolu de leur décadence, il en faut moins dans un Etat constitué de manière oîi tout roule de soi-même ' . »
Si Mercier aime, s'il exalte ainsi l^'énelon, c'est que le roman de l'un ressemble à celui de l'autre, c'est, pour une raison plus profonde, que tous les deux ont conçu la politique comme un roman, ou, en d'autres termes, pris leurs désirs pour des réalités, possibles à tout le moins, sinon procliaines. Et le premier effet d'une semblable inclination d'esprit, nous venons précisément de le voir, n'est peut-être pas d'empêcher qu'on ne raisonne juste, mais il est de trop faire croire à la vertu efficace des raisonnements justes.
Une certaine nuit de l'automne 1781 que le canon tonnait en l'honneur du Dauphin nouveau-né", Mercier se prenant lui-même pour original de son Philosophe du Port au bled^, s'était abimé dans d'affectueuses méditations sur le sort futur de l'enfant royal. Laissant là le Tacite qu'il lisait, il avait, lui aussi, comme jadis les bonnes fées, apporté au pied du berceau ses vœux de philosophe. « Pleure, s'était-il écrié, un jour tu seras roi 1 » On devine sans peine l'homélie qui suit. Les tentations et les mensonges t'obséderont, on te demandera le possible et l'impossible, mais on te cachera soigneusement la vérité. Or, il dépend de toi de la connaître, de conjurer les séductions delà flatterie et la servilité perverse des courtisans. Laisse venir à toi la voix des philosophes. Tonroyaumeestinondé de lumières splendides : pour peu que tu le veuilles, elles dissiperont la nuit autour de ton trône. Ton siècle travaille pour toi, et d'augustes exemples, ceux d'un Frédéric et d'une Catherine, t'invitent à les suivre. Recours à la précieuse ressource des livres.