CHAPITRE m Mer'cier dramaturg-e. — Sa poétiqvie
I. Le théâtre conçu par Mercier comme « l'école des vertus et des devoirs du citoyen ». — Sou plan de réforme n'a pour objet que de l'approprier à cet usage. — La philosophie du XVII16 siècle et le théâtre : celui-ci appelé fatalement à devenir l'organe de celle-là. — Evolution du goût public : le sérieux gagne la comédie. — Les anciennes règles ébranlées : adversaires et défenseurs prennent position 151
IL Modération des premiers novateurs. — Avec Didei'ot, l'hérésie se déclare et s'enhardit. — Toute l'imitation de la destinée humaine ne tient pas dans le tragique et le comique. — Entre les deux, le genre sérieux réclame sa place, la principale, car il se donne pour le plus utile. — Réformes qui s'ensuivent. — Circonspection de Diderot : il s'insurge contre le privilège des anciens genres, il ne les proscrit pas. — Succès de ces idées.
— Préface d'Eugénie. — Apparition des premiers drames. —
Le théâtre tend à devenir nn lieu de prédication 161
III. Enthousiasme de Mercier pour une rénovation qui flatte ses idées les plus chères. — Mais il la veut plus hardie et plus complète. — Du Théâtre ou nouvel Essai sur l'art dramatique.
— Le Nouvel Examen de la Tragédie française. — Le théâtre a-t-il eu effet pour vocation de moraliser les hommes? —
— D'autres l'ont contesté. — Mercier le pose en axiome. — Pourquoi cette vocation n'a pas été remplie. — Le mal vient de ce qu'on s'est mis à l'école des Anciens. — Tout le système dramatique qu'on leur doit est à remplacer HO
IV. La tragédie. — Nationale chez les Grecs, partant instructive et utile. — Parasite chez nous, oiseuse, en outre surchargée d'artifices que les Anciens n'ont point connus. — Uniformité, monotonie, invraisemblance. — Unités de lieu et de temps : contrainte absurde. — Autre tour de force obligatoire : écrire en vers. — Mercier a ses raisons de ne pas s'y plier volontiers. — Après la forme, le fond, dans la tragédie, appelle de pires censures. — Altération de la vérité historique. — Esprit d'adulation envers les grands. — Réserves flatteuses en faveur de Corneille; mais on l'entend et le goûte peu. — A la vérité, sous le couvert de l'antique, il glisse des maximes hardies qui
TABLE ANALYTIQUE DES MATiflKES 801
Pages, prêtent au jeu des allusions malignes. — Pauvreté d'un tel enseif,'aeinent civique. — L'amour et sa rhétorique. — Nécessité de secouer cette discipline malfaisante et de peindre sur le vif. — Points justes et côtés faibles de cette critique. . . 177
V. La comédie. — Fausseté des personnages comiques : la nature ne fait que des caractères mixtes. — Influence de Molière. — Protestation juste en faveur de la vérité; condamnation excessive portée contre tout l'ancien art comique. — La pire vanité de cet art aux yeux de Mercier : il vise à faire rire. — Dangers de l'entreprise : faire rire du vice, qui mérite pis; faire rire delà vertu, ce qui est un sacrilège. — Molière doit bien des comptes à la pure morale. — Puérilité du rire qui descend aux simples ridicules. — Indigence croissante de l'art comique au xvni" siècle. — Il propage, d'ailleurs, le ridicule plutôt qu'il ne le corrige. — En conclusion, la comédie est à proscrire comme
la tragédie ,.•.... 191
VI. Le drame. — Exclut les démarcations arbitraires, s'attache à reproduire la nature humaine au complet, sans la ramener ni au biais tragique, ni au biais cotoique — Exact afin d'être utile. — Les êtres humains dans la vérité de leur caractère, de leur condition, de leur nationalité. — La stricte vraisemblance dans l'exposé des événements : pas de romanesque. — Aucune restriction dans le choix des sujets. — Le drame aussi vaste que la morale : l'éloge de toutes les vertus, la dénonciation de tous les abus sont de son ressort. — Pareillement, tout ce qui peut instruire le public, et ainsi les matières d'administration et les leçons de politique 200
VII. Dès lors, le drame n'est pas aussi facile que ses détracteurs le prétendent. — Fortes études préparatoires qu'il requiert. — L'objet final en sera de se mettre bien eu état de parler au peuple. — Le peuple est un bon juge. — Risible arrogance des gens de lettres de profession : idées fausses et déplorables conventions qu'on leur doit. — L'auteur dramatique s'en gardera. — Foi et zèle qui doivent l'animer 206
VIII. Obstacle aux innovations : l'autorité des devanciers illustres. — Comment Mercier en use envers ceux-ci. — Attaques véhémentes contre Racine et Boileau. — Antipathie dénature et nécessité de situation. — La passion d'atl'ranchir l'art doit faire passer à Mercier bien des excès de langage. — La théorie du réformateur mise à l'épreuve dans ses propres drames : douloureuse déception 213