L'Avenir de la Science, pp
fini ; bien que Texpression en soit fort variable, profane ou sacrée, oratoire ou poétique, ce qu'elle garde, en tout cas, d'essentiel et de constitutif ne saurait guère se rendre plus justement que par le vague mot « lyrisme ». En ces jours, quelques-uns, parmi les plus grands, ont éprouvé le vertige de Finfini; on le sent dans maintes pages deBuffon, de Diderot, de Rousseau ; mais, à tout prendre, il était rare. De là vient notamment qu'on a pu dire avec raison que le xviir siècle n'avait pas la tête métaphysique. Ce vertige, Mercier s'y est abandonné avec une sorte d'ivresse. On conçoit qu'il l'ait mené loin et que l'An 2440 porte les traces du voyage.
Un autre caractère qui distingue éminemment ce livre desspéculationscontemporaines, c'estl'indépendance.Doué, comme il l'a dit lui-même, « d'une certaine énergie de résistance au torrent des opinions reçues ' », Mercier ne l'oppose pas seulement à celles du sens commun, mais aussi à celles des philosophes. Nul ne fut jamais plus jaloux de son sens propre, plus rebelle aux disciplines de secte. Religieux de cœur comme nous le connaissons et partageant la foi de Rousseau, il est tout simple qu'il ait horreur de l'impiété, mais il fait mieux, il va plus loin qu'aucun d'eux, que Jean- Jacques lui-même, dans la voie [de la tolérance, non la tolérance de fait qui dédaigne et s'abstient, mais la tolérance de cœur qui comprend et sympathise.
En voici un exemple significatif que j'emprunte à un autre de ses ouvrages. Un jour, il entre dans l'église de Sainte- Geneviève où la châsse exposée attire un grand nombre de fidèles. « Le sourire naît d'abord involontairement sur les lèvres, mais quand je vois sur le visage des dévots la douce chaleur de l'espérance qui enflamme et brûle leur cœur, quand j'y lis les sentiments d'affection dont ils sont pénétrés, l'attente qui les consume, la confiance qui les anime, je me reproche de ne point partager ces consolantes émotions. La raison et la philosophie ne mettent rien à la place de ces heureuses et profondes illusions. Oui, tel savetier meurt d'amour pour sainte Geneviève, la consulte dans ses chagrins, l'invoque dans ses peines, l'appelle dans ses afflictions et ressent les transports de la passion la plus enthousiaste. Je voudrais pouvoir jouir comme lui, en présence de la châsse, de ces