‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 61 sur 521 · II · texte numérisé non relu

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c'est aussi celui que je goûte le plus vivement. » Mais le moraliste a ses réserves à l'aire sur celte timide protestation de son sens intime, « car enfin l'esprit dont on abuse détruit presque l'évidence des choses. On rencontre des panégyristes des plus énormes abus. On justifie tout. On épouse à

son insu mille idées puériles et étrangères Chacun prouve

pour ainsi dire qu'il n'a pas tort. 11 faut vite se renfermer dans la solitude pour reprendre une haine vigoureuse contre le vice '». Ne fait-elle pas plaisir à voir cette candeur (un mot d'usage familier à cette époque, constamment pris en bonne part, et dont nous avons changé l'acception), toujours délicate sur le chapitre des plaisirs qu'elle juge périlleux, toujours vigilante au salut des principes? En 2440, par bonheur, on pourra s'abandonner sans inquiétude à un penchant favori. Tout danger aura disparu de la conversation. Les mœurs sont ce que les femmes les font. Or, observez-les, nos arrière-petites-fîUes. Décentes, réservées, modestes, elles ont perdu toute coquetterie. Leur attitude décourage sottes plaisanteries et propos licencieux. Elles ne versent pas dans les menus travers de leurs aïeules, répudiant le jargon du bel esprit, ne se mêlant point d'assigner un rang aux divers génies^ n'affectant pas cette sensibilité familière jadis à celles-là surtout qui n'étaient guère humaines que pour leurs amants, et, d'autre part, se gardant bien aussi de mettre du rouge, de prendre du tabac, de boire des liqueurs, de fredonner des chansons libertines et de permettre à leurs visiteurs d'indécentes privautés^ Grâce à elles, chacun se sent à l'aise et en confiance. Comme elles ont perdu la manie de « métaphysiquer », aussi bien que le goût dédire des riens, on ne se croit plus obligé de former un grand cercle où le bâillement se communique à la ronde. Non, liberté de s'occuper à sa guise : celui-ci feuillette des estampes, celui-là lit ou rêve, un troisième jouera, pas au cavagnole bien entendu, ni au pharaon, mais à des jeux innocents tels que les dames ou les échecs \

Voilà un tableau enchanteur. Ainsi, Galiani, revenant au monde, ne pourrait plus, comme à la Chevrette, s'asseoir,

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