‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 62 sur 521 · Il, 228-230 passim · texte numérisé non relu

Il, 228-230 passim

jambes croisées, puis se livrer aux écarts de cette verve bouffonne que semblaient inspirer tour à tour Platon et Polichinelle; etDiiclosserait infailliblement mis à la porte, lui, ce roi des causeurs dans le siècle de la causerie, qui abusait du droit qu'ont les honnêtes femmes de tout entendre ! Ce sont de bien grands sacrifices à la vertu. Gens du monde et gens du peuple se montrent également disciplinés, raisonnables, toujours d'aplomb et de droit sens; pas de cris dans la rue, pas de malice dans les salons, c'est comme l'idéal d'une société protestante que Mercier nous trace là. Quelque chose a péri dans cette inexorable réforme, — et la perte n'est pas petite, — c'est la légèreté nationale, dont nous avons pâli, je le veux bien, mais dont Mercier et ses pareils font trop bon marché, car s'ils venaient à être exaucés, alors, à notre dam, nous connaîtrions qu'elle était le contraire de la lourdeur. La question est seulement de savoir si nous serions aptes à la métamorphose. Sous cette réserve, une société comme celle qui vient d'être décrite ne semble pas impossible en soi. Mais, si perfectionné qu'on le suppose — c'est Mercier lui-même qui nous fournit l'objection, — « l'homme est toujours homme, il a ses faiblesses, ses fantaisies, ses dégoûts ' ». Si maîtrisée qu'elle soit, sa nature a des caprices, des soubresauts, des révoltes. Ace prix seulement, il est lui-même intéressant, il est original, voire il a du génie. Car la raison raisonnante est proprement ce qu'il y a d'identique dans tous les hommes, et l'imagination, le caractère, la sensibilité, avec leurs incartades et même leurs méfaits, sont ce qui les distingue éminemment. Or, en 2440, cette vérité élémentaire est méconnue, ignorée, non avenue. Les hommes ne se gouvernent jamais par passion, ni par intérêt, mais toujours par principes. Ici apparaît au premier chef l'esprit d'utopie.

Suivons, dès la naissance, le développement d'un de ces êtres privilégiés, destinés à vivre à l'abri du péché, et n'ayons

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