‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 67 sur 521 · Renan, U Avenir de la science, p · texte numérisé non relu

Renan, U Avenir de la science, p

Disciple de Rousseau, Mercier n'a pas commis cette méprise. En émancipant la pensée il n'a garde d'en rabaisser le vol. Dans l'humanité meilleure qu'il a conçue, le sens du divin va de pair avec la foi morale. Sans doute, les préventions de son temps n'ont pas laissé de l'effleurer : ainsi sa généreuse intelligence se refusera à comprendre l'attrait mystérieux qui conduit certaines âmes au cloitre'. De même aussi sa noble conception de la vie supérieure nous a paru quelque peu rétrécie par un souci trop exclusif de ce qui touche notre conduite, au détriment de la spéculation gratuite dont il se détourne. Mais, avec tout cela, il a des effusions religieuses qui font paraître Rousseau presque tiède, et, dans son zèle pour la beauté morale, il a cette gloire de nous rappeler à tout moment le haut idéalisme qui emplit les pages de VAveni)' de la Science. Avec Renan, on le sent digne de s'écrier, lui aussi : « Une seule chose est nécessaire! »

« On pensait dans votre siècle, dit à Mercier un de ses interlocuteurs, qu'il était impossible de donner au peuple une religion purement spirituelle. )^ Autant prétendre que le mensonge est plus naturel à l'homme que la vérité. « C'est Pâme qui sent Dieu... Il ne faut qu'une idée lumineuse pour éclairer la raison humaine », comme il ne faut qu'un soleil pour éclairer l'univers. Tous les auxiliaires que les dogmes prétendaient fournir à l'idée de Dieu ne laissaient pas, on doit le reconnaître, de donnera la foi plus d'énergie. Mais cette énergie même avait ses dangers : le fanatisme en naquit et, du même coup, l'usurpation sur la conscience d'autrui. Rien de tel à redouter avec la raison illuminée par l'intuition de Dieu. « C'est donner atteinte à l'Etre infiniment parfait que de calomnier la raison et de la présenter comme un guide incertain et trompeur. » N'est-ce pas elle qui proclame en nous la loi naturelle dont la bienfaisante autorité se justifie d'elle-même, en comparaison de tant de décrets sanglants rendus par les rehgions? Ceux-ci ont même eu le funeste effet de jeter dans l'athéisme des cœurs sensibles par horreur du Dieu barbare qu'on leur enseignait'. Pour son bonheur, l'humanité est rentrée en possession de la foi primitive, celle d'Enoch, d'Élie, d'Adam,

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