I, 183-188, passim
« des anciens patriarches qui adoraient Dieu en esprit et en vérité sur le sommet des montagnes' ». En conséquence, cliacun prie dans son cœur, et le culte est réduit à sa plus simple expression. 1/église vaste, austère, dénuée d'ornements, s'ouvre chaque jour pendant une heure aux fidèles. La cérémonie, fort simple, semble empruntée aux usages des protestants. On y chante des cantiques, on y entend une exhortation purement morale et on se retire'. Le reste du temps, l'église demeure fermée. Pour rendre hommage au Créateur un temps assez court suffit. « De longs offices amènent la tiédeur et le dégoût. » Par la même raison il n'existe presque pas de fêtes : la cessation du travail qui en résulterait est blâmée*.
A la réforme des cultes répond naturellement la réforme du clergé, due, comme l'autre, au bienfait de la philoso^ phie. Le Pape, ou plutôt l'Évêque de Rome, est revenu aux coutumes de la primitive Église ^ « Il a senti que son véritable apanage était le Ciel, que les choses terrestres n'étaient
pas de son règne Le Temps a sapé ce superbe et
incroyable monument de la crédulité humaine. 11 est tombé sans bruit. Sa force était dans l'opinion ; l'opinion a changé,
et le tout s'est exhalé en fumée Un prince digne de
régner tient sous sa main cette partie de l'Italie... » Cette grande révolution, qui s'est produite à son heure et sans la moindre secousse, en a entraîné bien d'autres. « Nous ne savons plus ce que c'est que canonicats, bulles, bénéfices, évêchés d'un revenu immense. » Et Mercier en triomphe, car « je ne puis, dit-il, m'accoutumer à voir des princes ecclésiastiques environnés de tout l'appareil du luxe sourire dédaigneusement aux malheurs publics et oser parler de mœurs et de religion dans de plats mandements qu'ils font écrire par des cuistres qui insultent au bon sens avec une effronterie scandaleuse* ». Les nouveaux pasteurs des
3. Idée analogue dans Galiani prédisant le siècle prochain : " Le Pape ne sera plus qu'un illustre évoque, et point prince ; on aura rogné tout son État petit à petit. » C'était un politique que le petit abbé; il ne se flattait point que le sacrifice serait volontaire. Éd«"Pérey et Maugras, i, 387.
hommes sont tolérants; ils ignorent l'esprit de faction, « Ils vivent d'une vie exemplaire, sans aucune passion de secte ni de corps, tout adonnés aux bonnes œuvres. Ils ne se disent point exclusivement inspirés de Dieu . . . ils avouent qu'ils nagent comme nous dans les ténèbres », et, sans s'égarer dans des subtilités dogmatiques, ils veillent à entretenir dans les cœurs l'amour de Dieu et l'attachement au devoir moral. A cet égard, leur exemple n'influe pas moins que leur prédication. Leurs mœurs ne rappellent en rien celles des ecclésiastiques mondains du xviii* siècle. « Quelle lèpre sur un État qu'un clergé nombreux faisant profession publique de ne s'attacher à d'autre femme qu'à celle d'aulruiM » Le célibat des prêtres a été aboli, car la nature le condamnait. Les vœux qui lui faisaient outrage, en contraignant tous les instincts spontanés de l'homme, sont sévèrement interdits. Voilà longtemps déjà que les couvents ont été ouverts. On en a vu sortir les moines, « automates aussi ennuyés qu'ennuyeux qui font le vœu imbécile de n'être jamais hommes ». Et, comme, en même temps, d'autres grilles donnaient passage aux nonnes de toute couleur, il en est résulté une foule de mariages qui n'ont pas moins réjoui la nation que les conjoints euxmêmes^
Image saugrenue qui hantait déjà bien des cerveaux et qui devait faire fortune dès le début de la Révolution! En 1770, en même temps que VAn 2440, avait paru XdiMélanie de La Harpe, et le même thème, les vœux forcés, défraya toute une littérature. Sans doute, l'abus était criant, mais la réaction passa toute mesure. Parce que plus d'un entrait à contre-cœur en clôture, on n'aperçut plus dans la vie conventuelle qu'une violence inexcusable faite à la liberté humaine. A quoi cela sert-il? est un argument fort commode et surtout à l'usage de l'inintelligence. On voit, de nos jours, bien des gens garder quelque estime pour les ordres qui soignent les malades ou élèvent les enfants, mais se récrier de mépris et d'indignation sur les ordres purement contemplatifs. Cette étroitesse de jugement joue un mauvais tour à Mercier. 11 consent que la sainteté se manifeste par mille travaux rebutants, abjects ou dangereux, tels que