‹ Sébastien Mercier, sa vie, son œuvre, son temps; d'après des documents inédits avec un port. en héliogravure. Avant la revolution, 1740-1789Chapitre 71 sur 521 · An. 2440, I · texte numérisé non relu

An. 2440, I

SA VI K, SON (flllVRE, SON TEMPS 119

blime, cello de Newton, par exomplo, (Vanchil les mondes peuplés d'âmes qui lui sont inféricuros ; elle gagne d'emblée celui de ses pairs. « Un sentiment inlimo plus fort que toutes les objections crie à l'homme : « Développe toutes les forces, méprise la mort, il n'appartient qu'à toi de la vaincre et d'augmenter ta vie qui est la pensée. » Au contraire, les âmes vilesou criminelles, rétrogradant vers les degrés inférieursde l'existence, revêtent le corps de quelque animal obscur enfoncé dans la matière. A la vérité. Mercier reste indécis quant au sort final des grands scélérats. « Jamais, se bornet-il à dire, l'Ame de Socrate ou de Marc-Aurèle ne rencontrera celle de Néron. Elles seront toujours à une distance infinie, mais ce n'est pas à nous de mesurer les poids qui

entreront dans la balance éternelle. » — « Cette marche progressive, cette ascension dans différents mondes, tous l'ouvrage de ses mains, cette visite de la création des globes, tout me paraît répondre à la dignité du Monarque qui ouvre

tous ses domaines à l'œil fait pour les contempler 0

homme, réjouis-loi , un spectacle toujours nouveau, toujours miraculeux t'attend; tes espérances sont grandes, tu parcourras le sein immense de la nature, jusqu'à ce que tu ailles te perdre dans le Dieu dont elle tire sa superbe origine*. »

Le sentiment ne s'embarrasse pas de logique comme le raisonnement. Dans l'infini où il s'élance, il y a place pour toutes les intuitions. Le cœur a le secret de les concilier. C'est ainsi que, tout en croyant à la migration des âmes, les contemporains de ce siècle idéal ajoutent foi néanmoins à la présence réelle des êtres qu'ils ont perdus; ils chérissent cette présence tutélaire, s'y confient et s'y épanchent, comme jadis les plus pieux desChrétiens avec leurs anges gardiens". Aussi l'idée de la mort est-elle dépouillée de toute son horreur. Les sublimes espérances qui animent les cœurs se manifestent dans les funérailles par un appareil de fête et des chants d'allégresse en l'honneur des défunts, affranchis des misères humaines. Comme la mort est exempte de deuil, elle l'est aussi de tout le mensonge des pompes et commémorations funéraires. Une égalité absolue règne, comme il convient, dans la cérémonie qui en est le plus éloquent sym-

Page 1