Contrat social, 1, IV, ch. vni
teur- vengeur de Voltaire qui ne prête pas grande attcnLion au train de ce monde et tient, fort loin de nous, presque à notre insu, les balances d'une justice tardive; ce n'est pas non plus ce Dieu d'une révélation inexplicable que Rousseau adore par une secrète impulsion de son cœur, mais sans sortir des ténèbres où il le cherche à tâtons* ; ce n'est pas davantage le Génie familier avec qui les Saint-Martin ou les Cazotte entretiennent un commerce de tendres murmures; non, c'est un magnifique seigneur qui traite les hommes en protégés, je dirai presque en hôtes de choix, et qui^ à leur intention, multiplie, dans l'infinité des mondes, de somptueuses demeures. Egalement éloigné de l'esprit de Micromégas et de celui de V Imitation, Mercier ne considère point dans l'homme l'atome, soit risible par ses prétentions, soit accablé d'humilité et de faiblesse : il n'a ni ironie, ni tremblement. Dieu « a trop fait en faveur de l'homme pour ne pas donner de l'audace à ses pensées »; et, conscient de tant de faveurs, l'homme se sent fier d'en être l'objet. Il prend pour soi une haute estime. Dans l'hommage qu'il rend à son Créateur, ce qui domine, c'est une dignité confiante et sereine. Une inspiration assez analogue a dicté les Etudes de la natwe à Bernardin de Saint-Pierre.
Une nation de sages, que jamais la raison ne déserte et qui d'eux-mêmes se tiennent dans le devoir, n'est ni difficile à gouverner ni exposée au risque des mauvais gouvernements. Elle n'a pu choisir que les meilleures institutions, et rien, de son fait, ne saurait en compromettre le jeu. Ainsi le bon ordre est assuré dans les conditions les plus propres à garantir, en même temps, les justes droits de chacun. Aucune menace ni d'oppression ni d'anarchie. Mais ces bienfaits seront-ils opérés par la république ou par l'autorité royale? Mercier se prononce résolument en faveur de la monarchie, et, dans les raisons qu'il en donne, nous observerons une fois de plus tout ce qu'un empirisme impartial, équitable et réfléchi apporte de tempéraments à