Voir la Lettre à M. de Beaumont
ses rêves de visionnaire. « La perfection d'un état social, dit-il, est le plus bel ouvrage de l'intelligence de l'homme. » Pour le consommer les formes diverses de gouvernement sont indifférentes; il suffit que l'homme obtienne l'égalité, fondée sur le droit naturel, non pas l'égalité de puissance, de rang, de richesse — tout cela est inégal par essence, comme les intelligences ou les forces —, mais l'égalité des « droits qui assurent à chaque citoyen la propriété de ses biens et do ses opinions, de son industrie et de ses talents' ».
Cela est clair et précis et n'a rien d'exorbitant. Pas de préférence de principe, aucune métaphysique politique, des vœux remplis de modération. Voici maintenant qui, pour le temps surtout, n'était point d'une critique banale. Si certains législateurs du xvin« siècle se sont épris du système républicain, c'est sur l'exemple de l'Antiquité; ainsi, ils ont été conduits à ce sophisme de vouloir appliquer à nos vasies sociétés modernes des constitutions qui ne convenaient qu'à de fort petits peuples. De là leurs idées erronées sur l'égalité absolue, la pauvreté, le mépris des richesses, toutes choses incompatibles avec nos civilisations*. Mercier fait cause commune avec l'État moderne, la société étendue qui, bien plus que les petites cités, est organisée pour se défendre et se maintenir prospère'. Or, la forme monarchique y est mieux appropriée que la républicaine. Sans périphrase, notre législateur rend cet arrêt peu ambigu. « Le gouvernement démocratique est le plus mauvais de tous, parce que le plus grand nombre ne saurait être éclairé*. »
Si cette proposition, il faut l'avouer, n'a pas toujours été démentie victorieusement, en revanche, on ne saurait méconnaître qu'elle va droit à l'encontre de tout le plan de la société idéale qui vient de nous être tracé, et où précisément lumières morales et intellectuelles sont dévolues à tous. Mais ce sont, je l'ai déjà dit, de ces échappées de clairvoyance qui rompent assez souvent la continuité de l'uto-